2.7.09

Lettre à une lectrice

Le 23 septembre 2007


Chère M.,


C'était le printemps lorsque vous m’avez écrit et ensuite l'été... Non, cette année, l'été n'est pas venu. Maintenant nous avons comme un avatar d'été, un été de minuit. J’utilise (enfin) un peu de ce temps qui me reste, pour cette lettre tapotée avec deux index sur la bakélite. Est-ce que c'est ça l'esprit de l'escalier ? C'est la même chose que de manger d'abord les pêches très avancées et de garder les meilleures pour la fin. A force de toujours garder la meilleure pour la fin, elle finit par venir. Je finis par écrire.

J'ai vu que vous aviez cessé de téter le lait noir de l'aube, et donc remplacé Paul Celan par Witold Gombrowicz. C'est toujours l'Orient, c'est de là que vient la résurrection. L'Occident s'enfonce dans la mer, dans le ressentiment, dans la déconvenue de soi. Vous écrivant, j'ai sous les yeux le sous-verre avec la photo de Dylan, notre admiration commune. Ses cheveux frisottent en boule autour de son crâne avec un léger accroche-cœur sur la droite devant l'oreille (blowin' in the wind) ; dans l'entrebâillement du blouson en suédine, j'aperçois un bout de col de chemise décoré d'étoiles et de petits cœurs, la photo est noire et blanche mais les cœurs sont sûrement rouges et, sur les genoux, il a une espèce de poupée qu'on ne pourrait pas vendre sur e-Bay. (En fait, si, maintenant, on pourrait !)

A mon âge on a encore de la mémoire en quantité, un peu moins de vision (le long terme est inaccessible), et toujours beaucoup de résistance au souillé, crevard et triste aujourd'hui. Vous avez mille et une fois raison : le contraire de Mallarmé, c'est bien désarmé ! Et à tout ça, nous ajouterons l'humour. Je suis Antée, l'umour, l'umour, l'umour ! D'ailleurs Alfred Jarry (centenaire en vue) appréciait Bloy. C'est comme Bernanos, j'en parle parce que je sais l'importance de l'enfance (l'innocence) dans votre esprit. Lui disait que le monde moderne a pour seuls ennemis, l'enfant et le pauvre.

Ici dans mon poêle thébaïde, beaucoup de travail en cours et notamment terminer ce livre qui devrait vous intéresser (encore faudra-t-il trouver un éditeur qui accepte de le publier). C’est une biographie romancée, autant dire une fausse biographie, celle d’une femme amateur de littérature ; elle correspond avec des auteurs, elle tient un journal dans lequel s’entremêlent des notations de ses activités les plus ordinaires avec des citations des ouvrages qu’elle lit... C’est un travail passionnant à cause des formes diverses que j’utilise (récit, journal, correspondance, voire même entretiens). J’aimerais bien vous en proposer la lecture car vous faites maintenant partie du premier cercle de mes lecteurs, ces personnes à qui l’on pense quand on se relit à la fin d’une journée de travail.

J'ai moi aussi des bons souvenirs de lectures d’enfance sous le tube au néon grésillant, avec de temps en temps, ce soupir de fumée qui remonte dans la cuisinière à charbon. Je ne connais pas le son de votre voix mais j'ai l’impression de l’entendre lorsque je relis votre première lettre, celle qui concernait mes « Visions d’un jardin ordinaire ». Mes facultés d’émerveillement se font plus discrètes. Il devient difficile de naître à chaque instant quand l'addition des ans approche le bas de la page.

Vous me parlez de votre église interhumaine gombrowiczienne mais je ne suis pas sûr que ce cher Gombrowicz ait voulu créer une église ! J'ai lu l'été dernier, déniché dans la bibliothèque de la Villa Yourcenar, les entretiens qu'il a rédigés pour Dominique de Roux, un moment délectable. Et puisque je parle de la Villa, cela me ramène à « Mort d’un jardinier », le récit que j’ai écrit durant ma résidence là-bas. Eh bien, je n’ai toujours pas eu la réponse de X. Il mûrit très longuement sa décision. Ah, si c’était vous mon éditeur ! (Oh, peut-être un mot à féminiser ? Vous savez ce que j’en pense.) En tous les cas, soyez sûre, chère M., que vous serez parmi les premières personnes averties lorsque j’aurai une réponse définitive. (Il faudrait pour cela que vous vous décidiez à prendre une connexion et une adresse internet !)

Pour l'empathie, vous avez vu juste et j’apprécie votre réaction à la lecture de « Un trou dans le monde ». Citation : « Je vous vois comme un oiseau qui va aux bateaux (le fameux albatros ? la colombe et son rameau ?) ». Merci beaucoup, oui, sans doute, au début de ma « carrière », j'étais plutôt albatros, ensuite poulet au petit crâne presque vide, et maintenant je suis devenu un corbeau de 450 ans. Je croasse en cercles autour de moi. Et vous m'entendez. Vous levez la tête. Je suis là. Non ! Là !
Croyez-moi ! Je rêve que je m'éveille.
Je vous salue, M..

Lucien


PS : Pour les « Annales de la Villa Yourcenar », on m’a demandé « Une lettre au lecteur ». Je vous serais très reconnaissant si vous acceptiez que ma lettre d’aujourd’hui y soit publiée.


Cette "Lettre à une lectrice" est restée inédite car le projet initié par la "Villa Yourcenar" a été abandonné en cours de route. Le roman "Mort d'un jardinier" a lui été édité presqu'un an après en novembre 2008, et la biographie romancée dont je parle est finalement devenue "La patience de Mauricette", roman édité par La Table Ronde et qui sera en librairie le 3 septembre 2009, juste deux ans après l'écriture de cette lettre à M..

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26.6.09

Ô BAIBIE, BAIBIE !

Ô BAIBIE, BAIBIE !

par Lucien Suel
« Mes lèvres ! Presse-les ! Presse-les ! »
Mauricette Beaussart « Mémoires »
Tu as des frissons en redescendant le chemin de la colline aux myrtilles. Le vent siffle sur tes lèvres. Tu l’entends dire : « Marylou, bonjour bonjour, je suis amoureux de toi. ». Tu rentres à la maison. Tu vois la télévision. Sur l’écran bleu qui bave dans le noir, tu regardes Madame Nina et ses lèvres rouges, bleues ou noires. Tu ne sais pas, c’est un vieux poste de télé en noir et blanc, le genre de poste qui a vu défiler le rock du bagne et une brochette de garçons dans le vent. Tu écarquilles les yeux. Tu entends quelqu’un prononcer une formule cabalistique du style : « Bibopaloula ! ». Madame Nina est enfilée dans un pantalon moulant à rayures blanches et noires, évidemment. La bande-son n’est pas synchrone. Pour tout dire, la télé n’a pas de son. Tu remplaces aisément la chose en diffusant des quarante-cinq tours à la minute sur un électrophone tourne-disques en plastique ivoire qui gratte et prend la poussière.
Tu écarquilles les yeux en voyant Madame Nina passer le doigt sur ses lèvres. C’est la fille en blue-jeans rouges (sic) de la chanson, c’est la femme aux grandes lèvres, c’est ta baibie, c’est ta baibie. Tu louques le logo d’incruste. Tu sais que c’est la télévision autrichienne, celle qu’Adolf aurait pu regarder dans la banlieue de Linz avant que Serge ne clame son nazi rock. Bon, alors elle est ta baibie aux lèvres enflammées et Serge a réuni la bande de copains : « Salut les amis ! Salut les potes ! Maquillez-vous les lèvres, les gars ! C’est le naze y roque y rock nazi rauque ! Verstanden ! » Tu ne l’écoutes pas, tu parles avec Nina, tu lui dis : « Tu me secoues les nerfs et tu me rends fou avec tes grandes lèvres de feu. Embrasse-moi pour me faire évaporer la salive, me sécher la langue et faire des papillotes avec ! Tu me conduis comme un fou, baibie ! Tu peux me conduire comme un fou dans ma voiture. » Cet air est sur toutes les lèvres. Tu continues : « Va, ma chatte ! Va, ma chatte aux pattes de velours bleu ! »
Les lèvres sont nues, les lèvres sont soulevées, les lèvres sont ourlées. «aSecoue-toi ! Baibie ! Viens ! Baibie ! » Là-bas en Louisiane près de la Nouvelle-Orléans, c’est loin de l’Autriche, on peut rêver de lèvres à gogo, oui c’est très bon, tu le sais, tu te tords gentiment. C’est agréable de sucer le bâton de sucre à l’anis. Tu t’avances vers le miroir de la penderie, juché sur les escarpins de ta maman qui ne s’appelle pas Marylou. Tu entends le petit Richard, il avance les lèvres et fait son « ouope bope heulou bope heulope bam boum » et pendant ce temps–là, Nina continue sa démon-monstration. Elle se passe le doigt par l’arrière sur les grandes lèvres, oui par l’arrière, elle se tourne sur son siège de lézeurette chaude, très chaude. Elle présente à la caméra son derrière tout rond serré dans son pantalon fuseau de ski à rayures dazistcheunnes et comment dit-on lèvres en allemand ? klein und gross ? Et tu entends le petit Richard qui ne cesse de répéter « Tout y frottis, tout y frottis, ou toutou froufrou tutti etc... » et juste-là, à ce moment précis, Madame Nina explique comment il faut passer l’index et le majeur sur les lèvres de haut en bas doucement, ou alors de gauche à droite selon la position de la tête et l’emplacement de la caméra plongée ou contre-plongée. Evidemment on n’est pas obligé d’être aussi rapide que le petit Richard, sinon on a les lèvres sèches très rapidement et ensuite elles peuvent se gercer et ça devient difficile de chanter en articulant bien parce que ça tire dans les mâchoires et au lieu d’avoir un sourire glamoureux on a un rictus et alors là ça dégringole dans les chartes.
Mais tu te rassures, Madame Nina fait aussi bien que Marylou. Elle sait exactement ce qu’il faut faire. Toutes deux font la paire. Elles maîtrisent leurs sourires, leurs sourires et leurs fourrures. Tout y frottis sur le rouge impair et passe le doigt. Elle te rend presque fou. Oui c’est vrai, elle ne se rend pas compte, tu écrases tes lèvres sur l’écran. Tu as un goût de poussière et d’électricité dans la bouche. Le saphir de l’électrophone grince et craque, voire même chuinte. Il embrasse profondément le sillon, c’est tout noir à l’intérieur. Tu as toujours tes lèvres collées à l’écran, ça dure trois minutes vingt-trois secondes. Tu n’as pas peur de te faire radiographier la tronche, tu te prends l’aperçu en pleine poire et ça éclate dans tes oreilles, éclate, oui en vérité, tutti frotti avec des lèvres pulpes de fruits.
Hou ! Hou ! Voilà Péguy ! Péguyssou ! Ta jolie Péguyssou ! Elle a les lèvres toutes bleues elle aussi. « Hou ! Hou ! Péguyssou, je t’aime ! » Tu l’aimes ta Péguyssou. Tu es un homme qui aime une femme et quand un homme aime une femme, il répéte toujours la même chose : « Je te donne tout ce que j’ai, ô baibie, tu es ma toute touttiprettie. » Tu ne peux pas l’embrasser sur la bouche à cause de cette cigarette qui reste collée à tes lèvres. Tu demandes au garçon de t’apporter un cendrier et alors une ombre de bleu-pâle fleurit sur tes lèvres mais il y a maintenant une trace de sang sur le papier et ce n’est pas du rouge baiser. Tu es saoul, tu es saoul sous ta Péguyssou et sous ta Marylou, et pendant ce temps, Madame Nina achève sa démon-monstration en gémissant à genoux sur l’écran noir et blanc de tes rêves mouillés. Tu approches ton oreille de ses lèvres et tu sens sa langue raide et gonflée s’insinuer dans le conduit auditif et tu te recules et tu constates que ses lèvres sont toutes bleues et froides et que sa langue est très chargée et que son haleine est vaguement marécageuse.
Tu es de retour dans les bayous à La Nouvelle-Orléans avec tes boules et ta chaîne de télé noir & blanc. C’est ta ruine de pauvre garçon qui a voulu réaliser un rêve inaccessible. Tu recommences à compter dans ta tête, et un et deux, et je roque, et un et deux, on va tourner sa langue dans la bouche de Ninaguyssou et de Ninarylou. « Reviens ! Baibie ! Reviens ! Tout m’est égal. Ne vois-tu pas que je pleure tout autour de l’horloge, tout autour pendant toute la nuit ? » Il y a bien des heures que tu as quitté la colline aux myrtilles. Tu n’entends plus le vent souffler dans les branches des saules. Tu as le cœur au bord des lèvres et la tête sur le bord de la cuvette. Tout autour pendant toute la nuit, tu vas l’embrasser à perdre haleine. Tu ne sais plus si ton papa est riche ou pauvre.
Tu les regardes marcher, les trois grâces, elle s’avancent vers toi, elles te tendent leurs lèvres et voici qu’en plus, ô béatitude, les voici, elles s’ajoutent, une autre gracieuse triade, à gauche de ton écran, apparaissent la petite Eva avec Helen et Brenda. Tu n’en peux plus. Vous allez vous embrasser à perdre haleine, vous manger les lèvres et la langue. Oh ! C’est si bon ! Une langue pour la bouche, deux lèvres pour l’argent mais attention, on ne tire pas la langue, on ne va pas se marcher sur les pieds, n’importe où mais pas sur les souliers en daim. C’est si bon, ça sent si bon ! Au nez ! Au nez ! Baibie ! Baibie ! Tu te mouilles les lèvres de l’intérieur comme un lapin qui fait sa prière, une baibie-lapine de playmobil-boy qui remue aussi la queue en vendant des cigarettes tachées de sang et de rouge à lèvres. « Tords-toi et crie ! C’est très bien ! Ne te pince pas les lèvres ! Ouvre la bouche ! Dis ah ! Dis iaih ! Fais aaaah ! Fais bibope ! Pince, pince et souffle ! Pince tes lèvres sur les anches ! Voilà, ça c’est hippe ! C’est pas lippe ! Secoue-toi ! Baibie ! Secoue-toi ! Fais bll ! Blll ! Bllll ! »
Tu es en nage, tout ébouriffé. Tu vas leur chanter ta chanson : « Tortillons-nous, tortillons-nous comme nous l’avons fait l’été dernier ! ». Tout le monde a l’air si triste maintenant. Tu vois le sable en petits grains collés sur tes joues dans le fond de teint, dans le bleuche, et des petits grains collés sur tes lèvres dans le rouge. Est-ce que c’est un garçon ? Est-ce que c’est une fille ? Tu serres les dents et les lèvres autour d’un gros cigare.
Tout à coup tu entends crier une jeune fille mexicaine. Le cri est sur ses lèvres sombres, elle dit à Nina que Gonzalès va rentrer à la maison à toute vitesse et que c’est tout à fait inopportun d’expliquer comment jouer avec soi-même quand on est une jeune femme sur l’écran de la télévision autrichienne sans aucun sous-titrage. Toi tu respires tous les parfums intimes de Laredo à Domrémy. Tu n’as jamais embrassé les lèvres d’un homme en étant sobre. Tu penses organiser une surprise-partie. Tu n’as jamais non plus embrassé un ours sur les lèvres. Tu vas inviter les ours à ta surprise-partie. Rouge c’est rouge, qu’est-ce que tu peux faire ? Rouge c’est rouge ! Tu peux te passer les lèvres à l’orange ou alors comme un adolescent exempt de microbes te les passer au vert fluo le jour où le monde deviendra phosphorescent. Tes lèvres ne brillent pas dans le noir. Trou rouge, c’est rouge.
Tu penses à toutes les choses que tu as vécues avec elles, avec Nina Marylou Péguyssou Eva Helen et Brenda. Tu ne connais pas le nom de la Mexicaine, peut-être Tristessa ? Rouge c’est rouge, tu veux que ta baibie revienne, qu’elle passe à l’orange ses lèvres rouges. Personne ne peut dire que tu as joué du bout des lèvres. Hou ! Hou ! Hou ! Tu sembles être ce que tu n’es pas. Tu es ce que tu ne sembles pas être. Tu tires la langue à la lune bleue du quand tu qui. Tu sais maintenant qu’il y a loin du coup aux lèvres.
Quand un homme aime une femme, il danse très lentement avec elle et l’orgue à monts se glisse dans leurs oreilles et leurs lèvres glissent le long de leur cou et se cherchent dans le noir entre les coups de stroboscopes et leurs lèvres se trouvent et s’entrouvrent et leurs bouches se trouent et la lumière se rallume et l’orgue à monts s’éteint, se fade euh-ouais et le tonnerre électrique des strato-casse-têtes prend sa place.
Tu reprends ton pied à l’intérieur de ton rêve sucré et tu commences par tremper tes lèvres dans le haut mousseux de ton premier verre de lait-fraise pendant que le tourne disques du juke-box dégueule que c’est lundi et lundi c’est pas bien et que mardi c’est déjà mieux mais que vendredi ça sera parfait oui vendredi soir tu pourras tremper tes lèvres dans le lait crémeux de sa lingerie oui mais c’est un rêve et oui en vérité en réalité tu as le vendredi dans ta tête mais tes lèvres tu les as trempées dans une quinzaine de demis pressions en écoutant autant de fois l’ami Mique te dire que lui aussi n’éprouve aucune satisfaction et qu’autant de fois tu t’es retrouvé à faire la moue dans le miroir des toilettes et que finalement il n’y aura pas de lait aujourd’hui même sans sucre. Sucre sucre c’est si doux au nez au nez c’est si doux tes lèvres et ta langue cachée derrière tes lèvres petit animal rose qui sortira bientôt de la maison du soleil levant pour jouer dans la rosée du matin.
Tu arrondis tes lèvres pour sortir un beau rond de fumée qui monte lentement vers le plafond de la discothèque et se crache dans les rayons lumineux brouillés de la boule à facettes qui tourne au-dessus des couples en danses. Finalement tu trempes tes lèvres dans ton verre de whisky et tu n’écoutes plus les tops du box. C’est le capitaine au cœur de bœuf sanguinolent qui te donne tes tickets d’avion. Tu ne fais pas la fine bouche.
Tu reçois une lettre scellée par des lèvres rouges écartées. Ta baibie t’a écrit une lettre, elles s’est tartinée les lèvres, les a serrées collées remuées mâchonnées pour bien répartir la pâte rose sur toute la surface, entre tous les plis, et ensuite elle a consciencieusement appliqué l’arrondi de ses muscles en anneaux sur sa signature au crayon feutre rose tyrien angora. Tu trouves ça bizarre de recevoir ces lèvres par la poste. Tu es devenu le leader du pack de bière. Tu vois toute la bande de petites changrilas en blouson noir serré. Tu regardes leurs lèvres bouger. Tu essaies de lire sur les lèvres mais tu ne comprends rien elles bougent trop vite. En fin de compte la suprême changrila se détache du groupe. Elle sort un tube de sa poche de poitrine, se penche par-dessus ton épaule et elle écrit en gros rouge bien gras sur l’écran de ta vieille télé noir et blanc :
BONBON POUR MA CONFITURE
SUCRE POUR MON MIEL
BAISER PARFAIT
JE NE TE LAISSERAI JAMAIS PARTIR
Décembre 2006
Ce texte a été publié dans le
n° 4 de la revue Minimum Rock'n Roll (spécial Rock & Lèvres) en mai 2007

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17.6.09

Un dessin de Pierre Vella

... après un long moment tout le monde est entré dans le jardin, la procession s’interrompt, tu refermes la petite barrière de bois, le loquet retombe sans un bruit, tout le monde a trouvé place autour du jardin devant la haie vive, les quatre allées latérales sont entièrement occupées par les voyageurs qui continuent à se donner la main, deux par deux, ils ont tous le visage tourné vers le jardin, vers l’homme qui dort, l’ensemble des regards forme une roue aux multiples rayons, la tête du jardinier est le moyeu de cette roue de ce rayonnement,...
Extrait du chapitre 22 de Mort d'un jardinier

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13.6.09

Silo (51) Jack Kerouac

Jack Kerouac. Avant la route. La Table ronde, La petite Vermillon, décembre 1996.

« Ces gars-là – ils ont voyagé par train partout aux Etats-Unis, jusqu’à Milwaukee, au Minnesota, au Dakota – ils ont dû aller en Iowa, au Nebraska, et dans les Etats avec les silos à blé, même jusqu’au Wyoming, dans l’Ouest, à Denver, et dans les cours de chemin de fer partout, jusqu’en Californie, loin là-bas... jusqu’au Texas, avec les parcs à bestiaux, à Los Angeles, en Californie, où il y a des palmiers le long des rails. page 320

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28.5.09

Un autre poème de Fabrice Caravaca

à Serge Pey
Un homme seul marche
Ses deux yeux aussi à l’envers de la tête
Trois peupliers lancent leurs bras au ciel
Quatre mots : un homme seul marche
Ses cinq doigts de la main droite dans la main gauche
Six voyelles dans son alphabet
Sept mots : six peupliers lancent leurs bras au ciel
Huit : à l’envers l’infini seul marche à sa rencontre
Neuf vies possibles pour marcher jusqu’à l’infini
Avec ses dix doigts : les cinq de la main droite dans l’autre main

Un homme seul marche
Deux : devant lui le cœur et le cœur de son cœur
Trois fois trois peupliers lancent leurs bras au ciel
Quatre mots : un seul homme marche
Il a cinq couleurs pour dépeindre le monde
Et il a deux pieds et deux bourses et deux poumons et deux fois l’infini prononcé : huit
Et il a une bouche : neuf ; qui compte
Sur les dix doigts des deux mains

Un et unique : l’infini vers lequel s’avance le seul homme qui marche
Deux : la rencontre de l’homme qui marche et de son ombre
Trois : l’image, le cœur, le corps ensemble pensés de l’homme qui marche
Quatre fois quatre peupliers lancent leurs bras au ciel
Alors cinq oiseaux viennent adorer le ciel
Ensuite se forme une nuée pour dire encore six fois
Qu’un homme est un homme qui marche vers sept carrefours
Et qu’aux huit horizons qui s’ouvrent à lui
Il en reste toujours un pour faire neuf
Et il en reste dix encore et toute une éternité

Un homme qui marche est un homme seul
Deux hommes qui marchent sont deux hommes seuls
Trois coups de tonnerre pour annoncer l’orage
Et faire s’en revenir aux quatre coins du monde
Les corbeaux oies sauvages et canards des cinq continents
Aux cinq continents il faut en rajouter un sixième
Sept mots : qui sera toujours aux hommes qui marchent
Titubant sous l’ivresse des huit divisions du sentier
Maintenant s’ajoutent neuf chênes qui lancent leurs bras au ciel
Alors bientôt dix avec celui qui marche seul vers l’azur

Un homme seul qui marche ne souffre pas
Deux : il parle avec son cœur et avec son âme
Trois : il crucifie le monde
Quatre vérités peuvent l’accompagner
Cinq arbres sans nom lancent leurs bras au ciel
Et six sens n’y suffiront pas
Alors sept sens pour l’homme qui marche
Alors huit sens pour l’homme qui marche
Une infinité pour former et déformer le neuf
Et au pas de la mule faire un avec l’inconnu et le un du dix

Un homme qui marche est un homme qui marche
Un homme qui marche est un arbre aux bras tendus
Un homme qui marche est à lui seul une forêt entière
Un homme qui marche seul a la multitude dans son cœur
Un homme qui marche seul parle aussi avec ses pieds
Un homme qui marche rejoint toujours la forêt
Un homme qui marche marche avec la terre sous ses pieds et le ciel contre sa tête
Il marche avec le soleil et la lune et il mange le soleil et la lune
Il marche pour rejoindre la forêt et tendre ses bras au ciel
Il marche toujours pour redevenir arbre parmi les arbres

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19.5.09

Mon stylo 4 couleurs du Pas-de-Calais

Mon stylo 4 couleurs du Pas-de-Calais

Noire et noir. La gueule et le savon.
Rouge et rouge. Betterave rouge plate
d'Egypte. Fourragère de l'ami Bidasse
natif d'Arras. Rouge et rouge. Mouron
du champ d'honneur. Couple de cerises
à l’oreille.
Verte et vertes. La main
dans le jardin ouvrier. Ligne de pois
de sucre. Salades de blé éparpillées.
Vrille du liseron autour du grillage.
Bleus et bleus. Travail et gendarmes.

Noire et rouge. La tôle goudronnée et
le mur de briques cramoisies. Noir et
rouge. Sillon du marais pourri. Sacré
Coeur sous un globe en verre.
Noir et
rouge. Corbeau croassant au-dessus du
terrain vague. Soleil boule enflammée
sur la mer. Rouge
et noir. Calicot et
drapeau des syndicats. Bannière de la
procession
funèbre. Rouge rouge rouge
rouge. Coulée de métal au bas du four
jaillissant du ventre crevé du sombre
haut-fourneau. Rouge rouge
noir noir.

Vert et noir. Têtard ondulant dans la
mousse. Vert
et noir. Champ de fèves.
Noir et vert. Savon. Savon. Peupliers
dégoulinants. Barquettes de choux sur
le marais de Salperwick. Noir et vert
et rouge et bleu. Sabot de vache dans
l’herbe humide. Tuile d’argile chaude
sous le ciel d’été. Vertes ou bleues.
Mouches des fumiers des charognes des
pommes pourrissantes. Verts et bleus.
Buvards tachés. Croûtons secs moisis.
Vert de peur et bleu pour la lessive.

Rouge et bleu. Visage vitriolé par le
gel. Rouge et bleue. Certification du
vétérinaire par tampon sur la couenne
du jambon cru. Rouge
et bleu. Tableau
didactique dans la classe. Pulmonaire
circulatoire digestif. Rouge et noir.
Pinard et bistoule. Armettez-me cha !

Bleue et rouge. Décoration au fronton
de la mairie. Gerbe d’oeillets. Rouge
et bleu. Sang et sang. Monument de la
Grande Guerre. Vimy rouge. Notre-Dame
de Lorette bleue. Souchez rouge. Vimy
rouge. Roclincourt bleu. Farbus bleu.
Carency bleu. Neuville St-Vaast rouge
et La Targette bleue et Cabaret-Rouge
rouge et Ablain Saint-Nazaire bleu et
rouge bleu vert et noir tout partout.
Lucien Suel
Ce poème a été publié dans le n° 100 (avril-mai 2009) de L'Echo du Pas-de-Calais. Une trentaine d'écrivains du Pas-de-Calais y ont participé en donnant leur vision de ce département .

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18.5.09

SUEL L'EXPO

Photo Laurent Guenat, Représentant à Genève pour la Station Underground d'Emerveillement Littéraire.

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14.5.09

Marcel Dujardin


Fashion Gardener

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7.5.09

Un bouquet pour Jack Kerouac



Comme je mettais la dernière main à la traduction de "Book of Sketches", "Livre des esquisses" (1952-1957) de Jack Kerouac, à paraître en novembre 2009 aux Editions de La Table Ronde, Jean-Pierre Bobillot se trouvant à Lowell, accomplit à ma demande le poème-action certifié ci-dessus.


"Des fleurs pour Jack"
Je, soussigné, certifie avoir vu Jean-Pierre Bobillot jetant un bouquet de fleurs sauvages (ayant coûté 12 $) dans le fleuve Merrimack (près des chutes de Pawtucket), à Lowell, Massachusetts, Etats-Unis d'Amérique, en déclarant "De la part de Lulu pour Jack !", le Dimanche de Pâques, 12 avril 2009, aux alentours de 13h. Les fleurs emportées par le courant flottèrent à perte de vue, me permettant de penser qu'elles iraient vraisemblablement jusqu'à la mer.
A compter de ce jour, ceci restera comme la première de l'action "Des fleurs pour Jack".
Signé : Earl McAlan Greene, Jr.

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6.5.09

Patti Speed

Ecouter "La formule Ch'timique", version rapide de "Patismit", mon poème sur Patti Smith par Danièle Momont sur son blog "Jamais je n'aurais dit ça".

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4.5.09

Mort d'un ami

Michel Champendal ne répondra plus au courrier, n'enverra plus de lettres enthousiastes ou de délirantes cartes postales inventées. L'ami poète éditeur libraire mailartist bibliothécaire vient de mourir près du village de son enfance.

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3.5.09

Un poème d'Endre Kukorelly



ECUME

CCCP énorme zone futuriste
boîte de conserve
d'une part archaïque, de l'autre elle a détruit, dégradé la
communauté
la ruine conserve, quiconque vit ici prend sur lui et supporte
le poids de toute cette impuissance,
se maintient tant bien que mal dans l'intemporel
silence, ruine, à la gogol, parmi des gueules animales,
les traces des civilisations
cette catastrophe est la réalité, le théâtre clément
de la nature et des victimes
à l'école, le mur était couvert des photos des héros
pionniers, nous les honorions ces enfants comme des saints,
parce qu'ils avaient
été capables de tuer père et mère si ces derniers ne
croyaient pas en la révolution
tout ça était affreusement prolo, dans toute son horreur
et toute sa profondeur
lors d'une excursion scolaire à Brest j'ai regardé le
monument de ces petits prolos, c'était
l'hiver, ça caillait dur, foulards rouges noués à la grille dans
une grotte sombre, unheimlich
tous ces petits cœurs qui battent, couleur rouge dans l'hiver
glacé, entre les barres de fer
j'étais déjà à l'époque une petite esthète
à Moscou nous avons vu Lénine mort, à Kiev les momies
des prêtres, nécrophilie pure, ça me rappelle que c'est le
sujet de base des films de Sokourov, et que dans Graisse
bleue de
Sorokine, Staline et Khrouchtchev baisent
c'aurait été bien de garder toutes ces expressions écrites, on faisait du Sahara un paradis, Lénine aimait les pirogues, patiner, le méchant occident nous menace, veut-nous-en-voyer-la- bombe-atomique, l'oiseau bleu du communisme
vole
j'ai fait des camps de pionniers, à Vladivostok, Odessa, en
Crimée, et ça me rappelle un tas d'histoires, mais je suis
fatiguée et tu en as sûrement marre
tu n'en n'as pas marre ?
il faut absolument que tu voies le film de German,
Khroustaliov, ma voiture !
je ne sais pas si c'était bien ou mal de faire partie de la CCCP,
moi concrètement je m'en foutais
l'anarchie c'était bien, le chaos, la vie plus intense,
vrai hiver, tripes
en quatre-vingt onze et quatre-vingt douze le chaos était tel que j'ai cru que c'était la fin
j'étais étudiante, rien à bouffer, tout le monde saoul, pas
d'électricité, de la fenêtre de notre chambre je voyais une
colline sombre, les ordures fumaient sans cesse
dans la cuisine le gaz brûlait fort, mais personne ne cuisinait
ça me rappelle qu'à Belgorod dans un camp des enfants
russes avaient brûlé leurs foulards de pionniers en
quatre-vingt cinq
le camp était au beau milieu d'une forêt, nous n'avons pas
osé y aller parce qu'un vieil exhibitionniste habitait là-bas
nous avons marché jusqu'au village, il n'y avait rien, les gens
étaient assis devant leurs portes toute la journée, ils
crachaient des écorces de graines de tournesol, ils étaient
terriblement gentils, mais nous nous tenions sur nos
gardes, nous, ceux de Subcarpathie
il y avait dans tout ça quelque chose dont l'importance nous
prenait aux tripes, parce que tout était merdique et
pourtant nous avons tellement pleuré lorsque nous sommes
rentrés chez nous, pur mystère
à la cité universitaire la vie commençait la nuit, tout le
monde avait l'air d'une marionnette, absorbé dans son
monde, un type, je me souviens, a passé des heures sous le
néon du couloir à jeter dessus des petits cailloux jusqu'à ce
que le verre blanc tombe en miettes
les portes et les fenêtres étaient défoncées sans cesse, mais
rien ne disparaissait
après, ça s'est arrêté
d'autres, plus âgés que moi, pourraient écrire toute une
épopée avec les histoires les plus dures, moi je n'étais pas au
cœur de l'action, et puis je ne suis pas bonne observatrice
maintenant je suis à Beregovo, la secrétaire fait des bruits de
bouche à côté de moi
quand j'avais six ans à l'école, en cours de dessin, j'ai créé un
être à plusieurs têtes, reptile ou dragon, je l'ai montré à la
maîtresse, je lui ai dit que c'était dieu
la dame est devenue très tendue, elle n'en revenait pas, où
est-ce que j'avais entendu ce mot-là, elle m'a beaucoup
grondé
moi non plus je ne comprends pas, à la maison la menace
c'était maître renard au maximum
à part ça on fêtait noël et tout, mais il ne fallait pas le dire à
l'école, sur Dieu rien de plus
à une certaine époque c'était impossible de trouver du pain,
dans les années quatre-vingt, vers midi je faisais déjà la
queue, on jouait là tout l'après-midi jusqu'à quatre heures,
j'étais enfant
souvent le gros camion vert foncé du pain n'arrivait que tard
le soir, alors la queue se défaisait, tout le monde se
précipitait et commençaient les gueulades,
la bousculade, comme on appelait ça
si tu n'étais pas assez habile, et que par exemple tu
t'évanouissais, serrée par les grands corps
chauds des adultes, ou qu'on t'avait poussée hors de la
queue,
tu ne pouvais pas t'y refaufiler
je pouvais à peine m'y refaufiler
ou alors quelqu'un m'écrabouillait tellement que je courais à
la maison en hurlant, mais c'était rare, je supportais
toujours
ou j'étais tout prêt du but, mais il y avait une barrière en fer,
j'étais coincée contre le fer, je me mettais à vomir
la nuit tombait quand j'arrivais à la maison, le pain était une
vomissure en charpie, on ne pouvait pas faire sa douillette
à l'entrée de l'internat d'Ungvàr aussi il y avait une barrière
en fer, un tourniquet en fer, il fallait passer par là pour
entrer, bref cette barre en fer, la femme portier, une grosse
rousse aux dents en or, malade mentale, ancienne matonne
et son amie moustachue, lesbienne, des alcooliques
sadiques, la tiraient souvent en arrière pour s'amuser, en
plein dans mon ventre, et elles rigolaient, elles aimaient ça
elles aimaient la désintégration, c'était leur ivresse
les professeurs d'université étaient des gorilles stupides,
alcooliques, psychopathes, tout le monde puait, ils portaient
des lunettes fumées, faisaient briller leurs dents en or, tout
en psalmodiant leurs cours à la russe
Gomerrrrr, dit un professeur qu'on aurait pu prendre pour
une femme, c'est-à-dire Homère
elle tient la note, psalmodie
pendant ce temps-là je lisais ou j'écrivais dans mon cahier,
animal, pisse merde, prout
animal animal
et il y avait la collecte de fer, nous accumulions une énorme quantité de fer dans la cour de l'école, nous accumulions toutes sortes de choses pour que l'équipe soit la première
nous ramassions la ferraille toute la journée, nous poussions notre brouette
les équipements sportifs aussi étaient en fer, une des barres avait été mise tout en haut, j'y suis restée suspendue jusqu'à en
tomber
de drôlement haut, je me suis fait très mal au dos j'étais toute seule dans la cour de l'école, j'ai eu peur de le dire à la maison, parce qu'il fallait toujours être fort, on n'avait pas le droit de pleurnicher
parce que la CCCP c'est un endroit dur, pas de pleurnicherie il faut marcher à pied, supporter le climat, les tenues de sport débiles, soulever de la ferraille, boire, manger de la merde, regarder les gueules animales dans les bureaux la gare est loin, disons que je pars à l'aube, c'est l'hiver, je n'ai pas encore froid, la neige recouvre tout, mes pas réson­nent, parce que la terre est marécageuse et que je suis com­plètement seule
la gare est gigantesque, bâtiment plein de courants d'air,
inhumain, complètement abandonné
désertotal
rien
Tchapaiëv et le Rien
je m'appuie contre le grand poêle en faïence vert, dehors des
corneilles, le train est bondé, je suis debout entre les deux
wagons,
serrée avec les autres
pas de fenêtre, juste une porte en fer
une fois quelqu'un l'a refermée sur la tête d'une fille, moi je
me suis évanouie
bon, il y a déjà trop de monde ici, je ne peux pas écrire
comme ça
concrètement moi, même si je croyais que ça irait quand même comme ça,
je me suis révoltée, mais seulement de par ma nature
je disais toujours dans ma tête pisse, caca, vomi, prout et je gribouillais les
photos des héros dans les livres
pourtant nous habitions une maison merveilleuse, meubles en noyer, piano
à queue, tapis persans, tableaux assez bons, livres supers, nous n'avions
aucun de ces trucs soviétiques
ma mère était une fille de bonne famille et cependant le communisme leur
paraissait naturel, la seule réalité possible, je ne comprends pas
ils étaient sûrement stupides
aujourd'hui je m'achète un chapeau à bord fourré, et des boucles d'oreilles blanches brillantes qui vont avec
Endre Kukorelly

Extrait de « JE FLÂNERAI UN PEU MOINS », Action Poétique Editions. Collection Biennnale Internationale des Poètes en Val-de-Marne
Traduit du hongrois par Anna Balint & Sophie Aude.
Lire
l’article de Bruno Fern sur le site de Poézibao.
Merci à Henri Deluy pour avoir autorisé cette publication dans Silo.

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23.4.09

La vachette alternative


Deux poèmes visuels parmi la dizaine figurant dans le n° 23 de la collection 8pA6.

à découvrir et à commander sur le site de La vachette alternative.

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21.4.09

Le coltingrafik

Le n° 2 de "COLTINgrafik" vient de paraître ; 50 pages de dessins consacrés au cinéma. A commander sur le site de Siranouche éditions.
Présentation du Coltingrafik au Palais de Tokyo (vidéo)
Ci-dessous la couverture et un de mes dessins.



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20.4.09

Liens / Links

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18.4.09

Christophe Tarkos

La revue Fusées a publié dans son numéro de mars 2009 un dossier consacré à Christophe Tarkos, à l'occasion de la journée d'études et de performances "Les arts poétiques de Christophe Tarkos" organisée à l'IMEC le 12 mars 2009.
Pour ce dossier, j'ai composé un poème hommage à partir des nombreuses lettres et cartes postales que Christophe m'a envoyées entre 1994 et 1999.

TARKOS M'ECRIT
PARIS, 10 NOVEMBRE 1994, Tarkos m’écrit qu’il sera content d’accueillir mes trouvailles et mes humeurs.

PARIS, 1er DÉCEMBRE 1994, Tarkos m’écrit qu’il reprend ses esprits après un tel tas de beautés.

PARIS, 26 MARS 1995, Tarkos m’écrit qu’il y aurait, il y aura, il y a encore beaucoup à faire et qu’il n’y manquera pas.

PARIS, 2 NOVEMBRE 1995, Tarkos m’écrit que l’histoire de la pauvre Mauricette est tristounette.

PARIS, 7 NOVEMBRE 1995, Tarkos m’écrit que Micha est né, le fils de Christophe Tarkos et Valérie Bendavid et que c’est une bonne matière à tête et que tout va bien.

PARIS, 29 DÉCEMBRE 1995, Tarkos m’écrit qu’il pense à une petite dose de lettres de Pélieu et à un texte de qui je veux mais pas un scribouillard, un poète, pour faire le lien.

SAUVE, 15 JANVIER 1996, Tarkos m’écrit qu’il découvre sa base de La Joliette et qu’il met son bonnet, et qu’il me voit bien avec les gars d’ici comme tous les gars à Berguette.

MARSEILLE, 25 JANVIER 1996, Tarkos m’écrit que dans les gravats, il a son adresse en construction qui temporise.

PARIS, 27 MARS 1996, Tarkos m’écrit qu’il part faire une lecture et que des fois les mots les plus simples on peut pas les lire.

MARSEILLE, 3 AVRIL 1996, Tarkos m’écrit que ce n’est pas fini cette histoire de pâte-mot, que c’est comme s’il allait préciser par une obstination développante ce statut du verbe.

MARSEILLE, 11 AVRIL 1996, Tarkos m’écrit qu’il travaille, et qu’il en est heureux, et que c’est heureux, receveur (en tee shirt) - auxiliaire (pas titulaire encore) bas de l’échelle - de la gare de Meyrargues et que Micha chante avec les Kirghizes dans le soleil couchant du Port.

MARSEILLE, 30 AVRIL 1996, Tarkos m’écrit qu’il a tout laissé en plan pour les murs (que Micha est rentré à sa crèche à Paris) et que c’est bien de rerevoirraraconter et d’aller au péage péager avec ses amies péagistes qui péagent dans la bonne humeur : Sylvette, Josette, Laure, Delphine, Caroline, Cathy, Corinne.

MARSEILLE, 2 MAI 1996, Tarkos m’écrit qu’il est in the cabine, voie 32, et qu’aucun véhicule à l’horizon ne s’engage sur la voie manuelle (qu’il n’est pas un automate).

MARSEILLE, 7 MAI 1996, Tarkos m’écrit que sur le caractère et sur le format et sur la noirceur du caractère, sur l’interlignage, sur le blanc entre les titres et les textes, il ne s’immiscera pas et qu’il ne comprend toujours pas pourquoi dans notre discrétion, ce train reçu en paquet lui a fait le plus grand bien.

MARSEILLE, 21 MAI 1996, Tarkos m’écrit qu’il ne sait plus où nous en sommes pour rien, qu’il veut dire toutes les choses dont on parle en général pour se répondre en quoi elles ont comme un je ne sais quel pousse aux fesses et moyen de faire et toujours avec une circulation de dates et de bouts de papiers tous extraordinaires, fulminante.

PARIS, 3 JUIN 1996, Tarkos me demande si sur notre terrain, il faut vraiment avant du fumier pour planter.

PARIS, 4 JUIN 1996, Tarkos me dit que s’il est à Paris c’est aussi, pour les beaux jours, venir faire un tour dans ma région.

PARIS, 11 JUIN 1996, Tarkos me dit qu’il refuse le poste dans les Bouches du Rhône, Putain de Dieu.

PARIS, 21 JUIN 1996, Tarkos m’écrit qu’à la place d’être quelque part ce monstre par le chariot qu’on pourrait dire qu’il charrie ou qu’il se fait charrier et qu’on dit que ça roule parce qu’on intensifie les deux belles roues comme autant de belles inventions même d’inventions extraordinaires alors qu’on ne veut pas voir ce qui reste à côté de menus travaux tout autour pour pouvoir s’en servir ni où va voir la nécessité de charrier de faire bouger son chariot d’où sa possession alors nécessaire de se retrouver avec son chariot à déplacer et tout autour à l’entretien du même.

PARIS, 26 JUIN 1996, Tarkos m’écrit qu’on n’est pas téléphonique et que c’est pour ça qu’on écrit.

PARIS, 4 JUILLET 1996, Tarkos m’écrit qu’il n’a pas beaucoup d’idée, qu’il a repris un café au bistrot, qu’il n’a pas envie de boire de l’alcool.

PARIS, 16 JUILLET 1996, Tarkos m’écrit que je le trouve en ce jour calme de juillet lisant, oui, lisant du temps de nos grands-pères la joie cachée qui nous fut dissimulée.

MARSEILLE, ? SEPTEMBRE 1996, Tarkos m’écrit qu’il va aller s’user à Gap, documentaliste, qu’il faudrait qu’il tienne même si le résultat est qu’il ferme sa gueule mutisme ou delirium.

GAP, 21 SEPTEMBRE 1996, Tarkos me dit qu’il faut y réfléchir et qu’il vient de découvrir qu’il avait une capacité à réfléchir et que donc ça ne lui fait pas peur.

GAP, 2 OCTOBRE 1996, Tarkos m’écrit qu’il viendra le week-end, lorsqu’il habitera Paris, à Berguette chaque week-end, et en train et avec une petite tente parabolique qu’il installera dans mon jardin et il termine en me souhaitant bonne vie dans le ciel.

GAP, 11 NOVEMBRE 1996, Tarkos me demande si je peux préparer un paquet pour l’hommage à Gibertie, pour préparer pour le temps pour savoir si je peux.

PARIS, 8 JANVIER 1997, Tarkos m’écrit qu’en ce début janvier, il est en salle H bnf tous les jours sauf le lundi.

PARIS, 23 JANVIER 1997, Tarkos m’écrit que tout va bien.

PARIS, 27 JANVIER 1997, Tarkos m’explique que la salle H est la salle où il fait des heures dans la bibliothèque aux quatre tours vides et que pendant son congé maladie, il était à Ajaccio.

PARIS, 7 AVRIL 1997, Tarkos m’écrit qu’il est allé à la maison de la poésie de Paris dans le but de devenir centenaire, qu’il m’envoie des copies d’écrits bruts et qu’il va à Rotterdam en juin, dans le cas où il sera alors encore valide.

PARIS, ? MAI 1997, Tarkos m’écrit que Kati va présenter Poézi Prolètèr à Marseille, qu’il ne pourra pas y aller car il veut d’abord faire arrêt de travailler.

PARIS, 12 MAI 1997, Tarkos m’écrit qu’il espère que Lemire n’est pas trop triste de la perte de son chien.

PARIS, 23 MAI 1997, Tarkos m’écrit que le 12 - 13 juin il troue la Picardie et que le 23 il retraverse.

PARIS, 3 JUIN 1997, Tarkos m’écrit que Julien lui raconte l’histoire du crocolion.

ROTTERDAM, 22 JUIN 1997, Tarkos m’envoie une carte postale.

BERNAY, 6 OCTOBRE 1997, Tarkos m’écrit qu’à Bernay dehors ça sent comme à Berguette et que les arbres marron cela lui donne l’idée d’être à Berguette. Il termine en disant : Porte-toi bien dans l’amour.

AIX EN PROVENCE, 3 NOVEMBRE 1997, Tarkos m’écrit qu’il va vivre en Normandie et que c’est l’anniversaire de sa mère.

PARIS, 12 NOVEMBRE 1997, Tarkos me demande si je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui aurait un endroit pour lui soulouer et qu’il viendrait dans cet endroit pour vivre.

PARIS, 11 FÉVRIER 1998, Tarkos me dit qu’il a vu Pennequin + Tholomé le fer de lance de la bataille.

PARIS, 15 FÉVRIER 1998, Tarkos me dit que je bois de la bière principalement et de la vodka aussi et qu’il fait extraordinairement beau.

PARIS, 16 FÉVRIER 1998, Tarkos m’écrit qu’il y en a qui savent y faire et qu’il y a ceux qui ne peuvent pas faire cuire des patates. Il termine en écrivant : salut patate.

PARIS, 9 MARS 1998, Tarkos m’écrit qu’il a bien reçu mon livre La Justification de l’abbé Lemire et qu’il l’a lu d’une seule traite que c’est comme ça qu’il se lit, qu’il entraîne.

MARSEILLE, 16 AVRIL 1998, Tarkos m’écrit qu’il voit les figures de Burroughs exposées à la Galerie Porte Avion.

PARIS, 21 AVRIL 1998, Tarkos m’écrit qu’il a retrouvé une automobile et qu’il voudrait me demander de lui expliquer d’où, ou de quel groupe sort la poésie concrète car tous les chemins le mènent à Saisseval chez Pierre Garnier.

CAEN, 9 MAI 1998, Tarkos nous remercie, Josiane & moi, et ajoute qu’il y a évidemment des tas de choses qu’on s’est pas dit et que donc il faut encore, et que Paris n’est pas loin et qu’il m’attend, ou sinon il revient.

PARIS, 29 MAI 1998, Tarkos me demande où est Ivar Ch’Vavar, dans quel monde.

PARIS, 14 SEPTEMBRE 1998, Tarkos me demande si j’ai internet, il m’écrit que c’est bien à utiliser, qu’il l’a fait au travail, pour chercher les passages secrets pour aller dans les souterrains.

PARIS, 25 JANVIER 1999, Tarkos me demande la disquette du Train corrigé par mes soins car c’est le prochain livre qu’il fait.

PARIS, 11 FÉVRIER 1999, Tarkos m’écrit qu’il espère que les genoux glissent, tournent, s’articulent.

PARIS, 23 FÉVRIER 1999, Tarkos me dit qu’il a le projet de faire paraître Le train en juin 2000 et qu’il restera dans mon catalogue parce que mon livre est le plus beau qui existe.

PARIS, 20 MAI 1999, Tarkos m’écrit qu’il m’envoie un poème L’argent qui est petit et beau et gratuit et il espère que le printemps est arrivé dans mes fleurs et à bientôt ici ou là.

Ensuite Tarkos m’a encore écrit avec internet mais j’ai perdu tous ses messages.
Lucien Suel
23 DÉCEMBRE 2008

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16.4.09

Collage instantané n° 389


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10.4.09

Clara Elliott - Strangulation Blues

Avant d’autres textes à paraître dans les revues Nioques et Action Poétique, Silo vous propose en avant-première, des poèmes de Clara Elliott, extraits de son unique recueil «aStrangulation Blues », traduit et annoté par le poète et rocker Sylvain Courtoux.

Clara Elliott est née le 10 octobre 1955 à Slough, petite ville proche de Londres. Elle est morte à 32 ans, le 3 août 1987, à Paris, d’une overdose d’héroïne, dans la pauvreté et le dénuement le plus total. Clara Elliott n’a écrit qu’un seul texte : Strangulation Blues, dont ces poèmes sont extraits. Ce recueil n’est jamais paru en langue anglaise. Ce texte (une cinquantaine de poèmes) écrit entre 1978 et 1984 n’a eu droit qu’à quelques fanzines punk de Londres et d’ailleurs comme Sniffin’ Glue, New Wave, et Punk.
Strangulation Blues est sous-titré Poèmes Post-punk et Leçons d’Exorcismes 1978-1986. C’est une ode macabre et désespérée au rock, à la drogue, à la mort et à la poésie, une œuvre tout à fait dans la lignée de l’avant-garde post-punk internationale de l’époque (à la Kathy Acker).
Sous le nom de JoydeVivre, Clara Elliott a été chanteuse et parolière du groupe anarcho-punk anglais CRASS de 1979 à 1983 (le groupe s’est auto-dissout en 84).
Strangulation Blues est un mix de deux traditions poétiques totalement anglo-saxonnes :
1. Une tradition ‘beat generation’ ouverte à fond sur le rock dont les meilleurs exemples sont les textes de Jim Morrison (extatique front-man des Doors) et le Kerouac de Mexico City Blues.
2. La poésie objectiviste (de Pound à Spicer en passant par Zukovsky et Reznikof) car elle écrit non seulement à l’aide de collages, de listes, de cut-up, mais aussi parce qu’elle décrit d’une manière froide et plate son désenchantement du monde. On peut, bien évidemment, trouver chez elle, plus d’expressionnisme que d’objectivisme ; je dirais que ça dépend surtout du poème. La traduction de Strangulation Blues est en cours de finalisation et devrait être publiée en fin 2009 ou début 2010 par Al Dante.

(presque) Dix ans sans dormir (1975-1985)

bleu-gris presque transparent
la course s’accélère sans cesse sans halte
bienvenue dans la P.E.U.R.
chacun est dans le rôle de son propre cauchemar
tout en brisures vinyle plasma érotique d’ennui
mandrax quaalude dynintel et néocodion pour demain
il lui a fait découvrir à la fois l’amour et les smacks
elle a reconnu le parfum mouillé des lilas
la nuit tarde et il faudrait
encore
luire pour demain ou pourrir
d’un soleil plus rouge sang camisole
quand tu seras cadavre, tu pourras prier
et il faudra bien t’oublier
dans le poids du vent
il pleut, des gosses jouent dans le hall de l’immeuble
il faisait chaud à ton enterrement.

Cette ombre –
ne la livre pas
je regarde la nuit à travers les planches pourries de mon sommier-écran
au domaine de l’approche, le sang tient lieu d’avertissement
je n’ai rien à perdre ni à gagner
ce sont les vaincus qui ont toujours raison
la terreur qui vacille, un silence [déjà] frémissant
ici ils frappent le ventre avec des couteaux de verre
comme à l’abattoir
leur propre pâle violence
nous avons vécu comme des ombres
nous avons vécu comme des morts
l’horizon dangereux (devient prologue) approche
la légende et la négativité du renversement continue de pourrir
ici & là – la poésie est cet être mutant
et notre histoire, qui nous a, une nuit, semblé possible
s’est tue dans les décombres d’un parcours vacillant –
j’ai froid, j’ai peur, j’ai faim,
cette phrase – ne la déchiffre pas
utilise le silence comme une illusion
et défais-le.

« Je suis terrorisée par cette chose obscure qui sommeille en moi…»
Sylvia Plath.
Nul dieu, nulle révolution ne nous guérira de cette condition
je suis la nuit hantée par le cri,
la fièvre intense
il sort des choses qui étaient enfermées
en moi depuis trop d’années
j’ai basculé
l’arbre
a tenu
branches
écla
boussées
de sang
noir .
Clara Elliott
traduit de l'anglais par Sylvain Courtoux

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6.4.09

Mort d'un jardinier (encore)

Article signé Yves di Manno, paru dans "Vient de paraître" de février 2009.

SUEL Lucien Mort d’un jardinier [La Table ronde, coll. « Vermillon », novembre 2008, 176 p., 17 €, ISBN : 978-2-7103-3092-9.]
Né en 1948, « poète ordinaire » comme il se qualifie lui-même, Lucien Suel a publié l’essentiel de son oeuvre dans le réseau des revues et de l’édition parallèles dont il fut l’un des premiers instigateurs, dès les années 1970. Animateur, entre autres, de la « Station Underground d’Émerveillement Littéraire », il fut aussi l’un des collaborateurs les plus actifs du « Jardin ouvrier » d’Ivar Ch’Vavar (dont une importante anthologie est parue l’an dernier chez Flammarion).
Mort d’un jardinier est le premier ouvrage qu’il publie, à soixante ans, chez un éditeur « officiel ». Le livre est sous-titré « roman », pour ne pas effaroucher sans doute les lecteurs suspicieux. Non qu’il s’agisse ici de poésie à proprement parler : mais l’ample monologue que s’adresse à lui-même le jardinier mourant relève davantage du travail poétique, littéral et matérialiste, tel que le conçoivent les membres du « cercle picard » dont Suel est l’un des fondateurs. Et ce n’est probablement pas un hasard si Christophe Tarkos (qui collabora lui aussi au « Jardin ouvrier » avant sa mort prématurée) apparaît dès les premières pages du livre : la tentative d’épuisement – de la mémoire, du vocabulaire, des objets ordinaires – à laquelle se livre Lucien Suel relève d’une esthétique identique.
Un « jardinier », donc, est terrassé en plein labeur dans son potager. On l’a vu, avant cela, occupé à ses travaux méticuleux, attentif à l’entretien de ses outils aussi bien qu’à la rigueur des lois naturelles. Mais le voici brusquement fauché, en travers de ses semis, et c’est toute sa vie qui va repasser devant lui tandis que la mort l’envahit : fragments d’enfance et de jeunesse, joies et peines du fils puis du père qu’il a été, souvenirs de voyages, d’étreintes, de lectures, éclats d’amour et de détresse… Tout cela prélevé dans la trame obstinée du monde, égrenant la succession des paysages et des objets, des corps et des mots prononcés – tous ces moments infimes, glorieux ou dérisoires, dont la concrétion fait une vie. Cette longue coulée prosaïque, atonale, obsédante, capte avec une précision confondante les nuances les plus subtiles de la vie matérielle : c’est un hommage aussi à la lumière qui nous traverse parfois, dans la pesanteur des jours – et dont l’écriture de Lucien Suel nous renvoie dans ce livre l’écho ébloui et troublé.
Y. d. M.

Prochaines lectures et signatures de "Mort d'un jardinier" :

Lesneven, les 24 & 25 avril. Dîner-rencontre le 24 au soir à l’occasion de la St Jordi et lecture et signature de « Mort d’un jardinier » le 25 à l’invitation de Jean-François Delapré, librairie Saint-Christophe, 11 rue du Général De Gaulle, tél : 02 98 83 01 97.

Arras, le 1er mai. Salon du Livre d’Expression Populaire. Performance « Photoromans II » avec Patrick Devresse et signature « Mort d’un jardinier » .

Douai, le 16 mai de 14h à 17h, signature de "Mort d'un jardinier" à la Librairie Brunet, 50, Place d'Armes, tél 0327958630, suivie de 17h30 à 19h par un Café Littéraire animé par Richard Couaillet, au café-bar L'Equitable (03 27 95 36 05) 73, rue des Ferronniers.

Anor, le 8 mai à 20h30. Lecture publique. La Malterie, Espace Michel Vanderplancke, 16 rue du Général de Gaulle, tél : 0327595769. Festival « Les voix de mai ».

Saint-Jans Cappel, le 7 juin. Villa Yourcenar. Festival « Par Monts et par mots », participation à un café littéraire autour de « Mort d'un jardinier », lecture et signature.

Arras, lundi 8 juin à 19h, présentation de « Mort d’un jardinier » dans le cadre d’un café littéraire organisé par Escales des Lettres au café Le Philos’off.

Lille, mardi 9 juin à 20h, présentation de « Mort d’un jardinier » dans le cadre d’un café littéraire organisé par Escales de lettres au café Chez Morel.

Béthune, mercredi 10 juin à 19h, présentation de « Mort d’un jardinier » dans le cadre d’un café littéraire organisé par Escales de lettres au café-librairie « Quilit-Quilit », rue Ludovic Boutleux.

Angers, le 18 juin. Lecture publique à la Bibliothèque anglophone, 60 rue Boisnet, tél. 0241249707. Association Le chant des mots. La veille, 17 juin, animation d'un atelier d’écriture pour adultes.

Esquelbeck, le 4 juillet. Nuit du Livre. Lecture et signature «aMort d’un Jardiniera» sur le stand du Marais du Livre.

En décembre, Alexandre Pavlov lira "Mort d'un jardinier" à La Comédie Française.

A noter, interview de l'auteur par Agnès Delbarre sur France Bleu Nord le samedi 11 avril 2009 à 9h20.

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2.4.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (7)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (7)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.
VII

MAURICETTE BEAUSSART, AU FOUR BARS INN, RACONTE SON
HISTOIRE AUX TROIS HOMMES !


« Je vous demande de m'excuser, mais aucun de vous
trois ne peut être la dernière personne au monde à
avoir vu Cosmik Galata vivant ! C'est moi qui l'ai
vu la dernière ; c'est moi aussi qui ai prévenu le
commandant du corps au Q.G. Mon nom est Mauricette
Beaussart. En 1940 j'ai été arrêtée par la Gestapo
pour espionnage. La mort tombe vite sur un espion.

Cet homme, Cosmik Galata, a été mis dans la prison
où je me trouvais. Il m'a parlé de sa mission, son
message à transmettre. Il était parvenu à deux pas
du Q.G., mais il n'avait pas eu le temps de donner
le papier. Je savais où était installé le Quartier
Général, pas très loin de la prison où nous étions
enfermés. Cela ne nous avançait pas à grand chose,
puisque nous allions être fusillés ; Cosmik Galata
dit que, puisque je savais où se trouvait le Q.G.,
je devais m'échapper et confier le papier kraft au
commandement. Je ne voyais pas comment je pourrais
m'enfuir mais il me dit qu'il s'arrangerait et que
je ne devais pas m'inquiéter. Lorsque le soldat de
garde est entré dans la cellule pour nous donner à
manger, Cosmik Galata a plongé dans ses jambes. Il
lui a pété la figure, s'est emparé du fusil et des
clefs. Nous sommes sortis de la cellule. Et il m'a
obligée à fuir en avant. Je voulais que l'on parte
ensemble, mais il voulait couvrir mon derrière. Je
devais passer. Il m'a fait jurer ceci : il fallait
que je me rende au Four Bars Inn, à Cardiff, le 20
mai 1960. J'y retrouverai ses trois amis pour leur
révéler ce qui était advenu ; après, j'ai escaladé
le mur d'enceinte alors qu'il protégeait ma fuite.

C'est à ce moment, quand j'étais au sommet du mur,
qu'il a trouvé sa fin ! J'ai transmis le papier au
Q.G. J'ai été décorée avec la Croix de Guerre mais
je n'ai pas oublié ce qu'il m'avait demandé. Donc,
hier matin, j'ai pris le ferry à Calais pour venir
à mon rendez-vous . Depuis ces affreux événements,
j'ai tenté d'en savoir plus sur Cosmik Galata ; je
sais qu'il avait été compté manquant, présumé mort
pendant la Première Guerre Mondiale, en juin 1918.

Après, plus rien. Pas de nouvelles. » Tous restent
muets un moment, puis Mauricette Beaussart vide sa
chope et William énonce alors la question : « Mais
pourquoi nous avoir fait venir là spécialement ? »

Le patron du Four Bars Inn, qui s'est approché, un
torchon à la main, répond soudain d'une voix grave
légèrement tremblotante : « Je peux vous le dire !

Je peux vous fournir une explication ! Ecoutez-moi
bien ! Mon frère Cosmik Galata est né ici. Daddy &
Mummy
dirigeaient ce pub. Je leur ai succédé quand
ils sont morts. » Le patron du bar s'approche d'un
meuble. Il y prend la photo encadrée de noir. Tous
se lèvent. Ils se penchent et regardent par-dessus
l'épaule de Monsieur Galata. « La photo date de la
Grande Guerre. A compter de ce jour de mai 1918 où
il fut signalé absent jusqu'à aujourd'hui, j'étais
absolument persuadé qu'il avait été tué lors de la
Première Guerre Mondiale. » Tous ont le coeur ému.

Mauricette Beaussart, les larmes aux yeux, fouille
dans son sac à main et dit : « Monsieur Galata, je
vous en prie, acceptez cette décoration ! Fixez-la
sous le cliché de votre frère ! Elle devait être à
lui ! Oui, votre frère était un brave courageux et
vaillant, Monsieur ! » Oui vraiment, Cosmik Galata
était un brave. En cette soirée de mai 1960, trois
hommes et une femme lèvent leur verre. Ils portent
un toast à leur fameux sauveur. « A Cosmik Galata,
nous ne l'oublierons jamais ! » « Bravo, Bravo ! »

Au garde-à-vous, devant une photo jaunie de Cosmik
Galata, le patron du pub rend un ultime hommage au
héros, son frère ; cet homme qui s'est enfui plein
d'épouvante lors d'une guerre... et qui est mort à
à la suivante avec une grande vaillance, mort à la
suivante avec une grande vaillance, qui est mort à
la suivante avec une grande vaillance, la suivante
avec une grande vaillance, la suivante suivante...
Lucien Suel

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30.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (6)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (6)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.
VI

AU FOUR BARS INN, WILLIAM BROWN PARLE :


« Avec la motocyclette volée, Galata et moi, avons
réussi à établir le lien avec une troupe alliée en
retraite vers Dunkerque. Nous avons pris une place
dans leur cortège. Je me sentais réconforté ; nous
n'étions plus isolés. Je ne savais de quelle façon
remercier Cosmik. J'avais une forte curiosité pour
celui qui avait tant fait pour nous ; j'ai demandé
ce qui était arrivé à sa compagnie. Il m'a répondu
qu'elle avait été annihilée. Ils avaient essayé de
contre-attaquer mais c'était inutile, il n'y avait
rien à faire ! Nous parlions au milieu du bruit de
moteur. Nous passions devant des tombereaux pleins
de meubles, tirés par des chevaux. La foule fuyait
devant l'avance allemande. Cosmik parlait d'un ton
monocorde. Je comprenais que cet homme avait perdu
tous ses camarades. Je lui dis que de toute façon,
il n'aurait rien pu faire, mais il s'imaginait que
s'il était resté, il aurait pu les sauver. Mais il
s'était enfui. Il avait eu tort... Mais il n'était
pas possible de supporter un tel tir de barrage...

Il avait été frappé de panique. Je ne comprenais à
vrai dire pas grand chose à ce qu'il me racontait.

On atteignait le pont sur le canal de Furnes. D'un
geste de la main, un bidasse faisait signe de nous
dépêcher. En effet, on allait faire sauter le pont
car l'ennemi approchait rapidement vers Dunkerque.

Tout à coup, le moteur de la motocyclette hoqueta.

Je m'emportai contre l'engin bronchiteux. En fait,
c'était la panne d'essence. Nous nous arrêtâmes au
seuil du pont. Un sergent m'enjoignit d'enlever ce
tas de ferraille du passage. Au lieu de se fâcher,
je lui demandai de nous aider. A l'entrée du pont,
le trafic ralentissait. Un véhicule attardé voulut
traverser. Je fis signe au chauffeur de s'arrêter.

Je demandai s'il pouvait nous prendre à bord de ce
camion. Il n'avait pas de place pour nous deux. Le
camion était chargé de prisonniers. Je fis le tour
du camion par curiosité ; c'était la première fois
que je voyais des prisonniers. Et il en y avait un
bon stock. Je plaisantai en conseillant au sergent
qui les gardait à l'arrière de ne pas leur laisser
la clé. Soudain, Cosmik qui se tenait près de moi,
cria : « Stop it ! Arrêtez ce camion, il n'y a pas
de prisonniers ! C'est un piège ! » Un M.P. braqua
son pistolet-mitrailleur sur la cabine, forçant le
conducteur à stopper. Sous la bâche du camion, des
jurons en allemand retentirent. Puis une fusillade
éclata et le pont devint un champ de bataille. Les
pseudo-prisonniers avaient sauté en bas du camion,
empoignant les armes qu'ils avaient cachées. Mais,
trop encerclés, les Allemands se rendirent. Galata
expliqua qu'ils voulaient passer le pont, le tenir
jusqu'à l'arrivée des tanks allemands. La surprise
étant avec eux, ils auraient pu réussir leur coup.

Sans Cosmik Galata, le pont du canal de Furnes eut
pu être pris. Alors, tous les tanks auraient eu la
voie libre. Quand je lui demandai comment il avait
eu vent de la ruse, Cosmik parla de son intuition.

Les Allemands réellement désarmés pour cette fois,
furent installés sous bonne garde dans la voiture.

Soudain, en sens inverse on vit arriver un soldat,
une estafette sur une motocyclette. Le M.P. bloqua
le passage en levant la main. Il fit remarquer que
la moto allait dans la mauvaise direction. Tentant
de s'arrêter, l'estafette perdit le contrôle de sa
machine qui se renversa sur le pont. Les jambes du
pilote s'étaient fracturées dans la chute ; Galata
vint près du jeune soldat qui, malgré la blessure,
voulait se relever. Cosmik lui conseilla de rester
calme. Le motocycliste voulait continuer. Il était
chargé d'une mission difficile en Belgique. Il lui
fallait absolument arriver au Quartier Général, où
qu'il se trouvât ; on n'arrivait plus à le joindre
par radio. C'était une mission sans grand espoir !

Cosmik inspecta la feuille de papier kraft. Il dit
qu'il avait enfin trouvé la réponse au problème, à
son problème. Je ne comprenais pas ce qu'il disait
là. C'était une énigme. Je lui demandai de m'aider
à bouger le blessé. Le pitoyable garçon levait les
yeux sur Cosmik Galata. Il semblait très jeune. Il
avait peut-être menti sur son âge pour se livrer à
l'aventure de la guerre ; il interrogea Cosmik qui
lui dit qu'il irait à sa place, en Belgique, qu'il
trouverait le Quartier Général pour lui. Je pensai
que c'était une résolution naze. Pourquoi irait-il
se remettre là-dedans alors qu'ici nous avions une
chance de nous en tirer ? Cosmik me dit de partir.

Je devais emmener le blessé avec moi. Il releva la
moto, s'installa dessus, me sourit en disant qu'il
avait eu plaisir à me rencontrer et partit dans la
direction de l'Est, du danger. Je ne savais pas ce
qu'il ferait, mais si quelqu'un arrivait à trouver
le Q.G. et le commandant, c'était bien Cosmik ! En
fait, le commandant est bien revenu, plus tard, et
grâce à lui ! Vous conviendrez donc que c'est bien
moi qui suis le dernier à avoir vu Galata. » (Ici,
encore une note pour les lecteurs de cette oeuvre.
Après les récits des trois soldats, nous terminons
cette chronique en faisant intervenir une cliente,
puis le patron du
Four Bars Inn de Cardiff.) Ayant
fini leur récit, les trois amis allaient vider une
dernière pinte avant le départ, lorsqu'une vieille
femme, aux lunettes fumées, assise à la table près
d'eux, se leva avec son verre en amenant sa chaise
derrière elle. Sans façon, elle s'approcha et vint
s'installer entre William et Burroughs, en face de
Lennon. Les trois étaient tout à fait sidérés. Ils
le furent bien plus encore quand, verre à la main,
Mauricette Beaussart, c'était son nom, commença le
récit de ses aventures. Le mystère va s'éclaircir.
à suivre...

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27.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (5)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (5)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.

V
RECIT D'ALBERT LENNON AU FOUR BARS INN.
« Nous avons quitté la ferme en ruines en galopant
dans les prés. En remontant la colline, nous avons
aperçu une moto abandonnée, manifestement celle de
l'Allemand que Cosmik Galata avait laissé groggy à
la ferme. William suggéra de voler la moto. Il dit
qu'il se sentait capable de la conduire. Au moment
où nous allions confisquer la moto, le restant des
membres de l'escouade allemande apparut. Nous nous
jetâmes sur le sol. Les Allemands à l'exception de
deux d'entre eux descendirent vers la ferme pour y
rejoindre leur camarade. Ils ignoraient quel avait
été son triste sort. William et moi nous décidâmes
à jouer notre va-tout. Nous approchâmes en rampant
des deux sentinelles. La crosse de mon arme suivit
un arc de cercle foudroyant qui stoppa pile sur le
crâne de mon ennemi, tandis que William tordait le
cou du deuxième par une clef très efficace. Alarmé
par le bruit du démarrage du moteur qui repartait,
le reste du groupe revint. Nous étions poursuivis.

Je me retournai. Accroupi dans le side-car, je vis
au loin la meute des motos adverses se rapprocher.

C'était une course désespérée. Nous atteignîmes le
canal de la Haute-Colme. William s'informa sur mes
capacités de nageur. Nous n'aurions pas la liberté
d'une baignade. Il était déjà trop tard pour cela.

Ils n'étaient plus loin de nous. Il faudrait qu'on
défende notre peau. Subitement, alors que l'ennemi
arrivait à portée de nos armes, une grenade lancée
d'un buisson fit voler en miettes la moto de tête.

Je reconnus sur le coup, dans son costume de tweed
gris, la silhouette de Cosmik Galata. Il venait de
nous sauver. Nous l'accueillîmes avec joie et nous
lui demandâmes d'où il venait. Il ne répondit pas,
mais nous conseilla de suivre le chemin de halage,
le long du canal de la Colme. William se hissa sur
la moto. Cosmik s'installa derrière lui. Et moi je
m'assis dans le side-car. J'étais satisfait d'être
du côté opposé à la berge : j'avais la crainte que
William ne nous renverse une fois de plus. Tout en
roulant, Cosmik Galata nous rassura sur le sort de
Charlie. En longeant le canal, nous nous dirigions
vers les dunes de sable du littoral. En arrivant à
Bergues, nous découvrîmes un barrage à l'entrée du
village. La moto s'immobilisa à plusieurs dizaines
de mètres. Des coups de feu claquèrent. On pensait
que les Allemands étaient là. Cosmik nous détrompa
et nous expliqua que c'étaient les gens de Bergues
qui tiraient sur nous, parce qu'ils nous croyaient
des envahisseurs, à cause de la moto allemande que
nous avions volée. Cosmik nous donna le conseil de
lever les mains. Sans délai, quelques habitants du
cru, en compagnie d'un gendarme et de sept soldats
belges, s'avancèrent vers nous, très énervés. Nous
les priâmes de nous laisser passer le barrage. Ils
étaient épatés par le fait que nous ayons pris une
motocyclette aux conquérants venus de Germanie. Le
groupe des villageois ne savait plus quoi décider.

C'était la seconde fois de leur vie que cet ennemi
infestait leur terre. La radio ne donnait plus que
des très mauvaises nouvelles. Les jeunes voulaient
se battre. Cosmik Galata les dissuada, il expliqua
qu'à (sic) son avis, il était maintenant trop tard
et qu'il fallait laisser les Allemands en paix. Je
demeurais pantois en l'entendant s'exprimer ainsi.

Aussi l'apostrophai-je en disant qu'il n'était pas
surprenant que l'ennemi avançât aussi vite si tout
un chacun tenait un tel discours. Galata essaya de
se justifier en disant qu'il est inutile de lancer
des civils inexpérimentés face à de telles armées,
d'autant que les alliés eux-mêmes n'avaient pas pu
réussir. Alors, pourquoi vouloir faire expirer ces
gens ? Mon opinion ne changerait pas : Si la balle
porte ton nom, rien à faire pour y échapper ! Déjà
un vol de Stukas vibrait dans les cieux, assassins
de sang froid balançant leurs bombes, boum boum au
milieu de Bergues, laissant tous ces morts et tous
ces invalides. Galata pensait encore qu'il fallait
filer au plus vite. Le long du canal, les éléments
mécanisés de l'armée allemande profilaient déjà le
museau. Obstiné comme un idéaliste, je refusais de
démarrer. Je ne pouvais pas lâcher ces gens en cet
instant. William était de mon avis. Finalement, on
prit place dans la barricade ; Galata estimait que
c'était de la folie, mais il nous fallait le faire
avec tous ceux qui s'engageaient à prendre part au
combat. Cosmik Galata prit la direction du groupe.

Il nous recommanda de ne pas tirer avant un ordre.

Il attendit que les blindés soient à moins de cent
mètres et il ordonna le feu. A la première rafale,
le camion de tête fit une embardée. Il se renversa
sur le chemin de halage. La voiture qui le suivait
bascula dans le canal au milieu d'une gerbe d'eau.

A ce moment-là, je reçus une balle. Avec l'aide de
quelques soldats belges, je fus porté dans la plus
proche maison, celle de l'éclusier. Les soldats me
déposèrent sur une paillasse. William trouvait que
l'action était bonne, mais qu'il serait impossible
de tuer tous ces Teutons. Alors Galata nous dit de
nous rendre. Et c'est là que j'ai dû m'évanouir. »
à suivre...

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24.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (4)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (4)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.

IV

SUITE DU RECIT PAR CHARLIE BURROUGHS...

« Et nous avons commencé à cheminer par les champs
et les près. Cosmik semblait connaître le pays. Au
bout d'une heure au sortir d'un chemin creux, nous
sommes arrivés à l'entrée de Steenwerck devant une
ferme. Cosmik pensait qu'on pourrait se reposer un
moment. Des camions de l'arrière-garde passeraient
peut-être par là. Moi, j'étais toujours apeuré. Je
me demandais si le paysan n'allait pas nous livrer
aux ennemis. Cosmik Galata me dit que les Flamands
sont de braves gens. Il s'abusait. Le péquenot dit
qu'il ne voulait pas de nous chez lui ; j'eus beau
lui répéter qu'on partirait au passage d'un camion
britannique. Il ne voulut rien savoir. Il est vrai
que cacher des soldats est une fonction dangereuse
pour celui qui a une famille à protéger ; l'épouse
et la fille du fermier flamand restaient derrière,
craintivement appuyées l'une à l'autre. A force de
persuasion, le plouc céda. Cosmik lui assurait que
les Allemands ne viendraient pas ici, lorsque tout
à coup, on entendit un bourdonnement de moteur. Je
savais bien que ce n'était pas un fantôme écossais
qui entrait dans la cour, mais plutôt un blindé de
la Wehrmacht. On était des rats pris au piège. Les
paysans pleurnichaient, ils étaient sans illusions
sur l'issue fatale. Cosmik Galata a dit au fermier
que nous allions nous cacher dans le grenier, dans
la grange. Il l'a mis en garde contre une trahison
éventuelle en le menaçant de rétorsions terribles.

Le fermier jura de ne pas révéler notre existence.

Nous avons alors accédé à la grange en passant par
le derrière de la maison. Vite nous avons escaladé
l'échelle. J'étais fourbu et me laissai tomber sur
la paille. Allongés au bord du grenier, nous avons
espionné l'automitrailleuse blindée. Un des Boches
était descendu et parlait avec le paysan. Rien que
mes respirations haletantes troublaient le silence
de la grange. Une sueur glacée dégoulinait le long
de mon dos, entre mes omoplates. Le moteur changea
de régime ! Le véhicule ennemi avançait vers nous.

Il s'arrêta pile sous le porche de la grange. Nous
étions presque persuadés que le fermier nous avait
trahis. Alors, Cosmik Galata empoigna la grenade à
manche. Il allait la jeter quand nous comprîmes la
volte-face des Fritz. Au loin, vers Hazebrouck, on
voyait arriver des camions britanniques en convoi.

L'auto-mitrailleuse avait fait tourner sa tourelle
vers nos amis. Le paysan ne nous avait pas trahis.

L'ennemi tendait son piège. Le convoi passa devant
l'entrée de la ferme et les Allemands firent feu !

Heureusement, le tir n'était pas très bien réglé !

Bien trop court... Complètement raté... Le premier
véhicule s'arrêta sur le côté. Les nôtres allaient
s'abriter derrière le mur de clôture. Mon sang fit
un seul tour ; il fallait sauver nos compatriotes.

Je demandai à Cosmik de lancer des grenades sur la
tourelle de cette machine à nos pieds. Mais Cosmik
me fit remarquer qu'elles ne feraient que rebondir
sur le blindage sans causer de grands dégâts à ses
occupants. Il y avait une meilleure chose à faire,
se servir du broyeur sur roues qui se trouvait ici
à nos côtés. Nous l'entourâmes avec un gros câble.

Je soulevai le palan. Cosmik fixa le crochet de la
chaîne au broyeur. En poussant avec toute la force
dont nous pouvions user, nous réussîmes à orienter
la machine suspendue au palan au-dessus du blindé.

Alors, je lâchai la chaîne et le lourd engin tomba
sur le canon. Avec un fracas horrible, la tourelle
frontale se déchira comme du papier kraft. C'était
merveilleux ! Les Allemands tentèrent de sortir et
à ce moment, Galata lança une grenade dans le trou
de la tourelle. Les ennemis passèrent sur-le-champ
de vie à trépas. Le capitaine du convoi de camions
nous offrit de nous emporter... C'était une chance
d'atteindre une zone plus paisible. Cosmik refusa.

Quand je passai la ridelle du camion, il dit qu'il
lui restait une petite chose à faire avant de s'en
aller. Pendant que le véhicule s'éloignait, je lui
fis signe de la main tout en pensant que je devais
la vie à cet étrange bonhomme. Je pensais aussi au
rendez-vous dans vingt ans, à la rencontre au Four
Bars Inn
songeant que j'y serai et..., j'y suis. »
à suivre...

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20.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (3)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (3)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.
III
VINGT ANS PLUS TARD ! (LE 20 MAI 1960).

Dans la salle du Four Bars Inn, en face du château
de Cardiff, deux hommes sont assis avec une bière.
Ils se lèvent et accueillent un chauffeur de taxi.
« Je vous aurais reconnus n'importe où ! Lennon et
ce bon balourd de Burroughs en personne. » William
Brown avance, une casquette de chauffeur de taxi à
la main. Les trois hommes se secouent avec vigueur
les mains. William se prend une pinte au bar, puis
rejoint ses deux potes à la table. Burroughs parle
de ses affaires, Lennon de sa prochaine exposition
et William Brown de son taxi tout nouveau. Pendant
ce temps, ils ne cessent de surveiller la porte du
pub. Après un fameux nombre d'allers et retours au
bar pour remplir les pintes, suivis pour les vider
de maints allers et retours vers l'urinoir du Four
Bars Inn
, le trio d'anciens combattants s'inquiète
de l'absence de Cosmik Galata : « Il est passé dix
heures maintenant ! Je crois qu'on ne le verra pas
aujourd'hui. » « Il est peut-être mort. » Pourtant
c'est Cosmik Galata qui a choisi le rendez-vous et
lui seul n'est pas là ce soir ! La voix nasillarde
caractéristique de Burroughs résonne dans le bar :
« C'est un type étrange, ce Cosmik Galata. J'ai de
toute évidence été le dernier à le voir ! » « Non,
c'est moi ! » « Non, vous vous trompez ! C'est moi
qui l'ai vu le dernier ! » William Brown l'emporte
dans la discussion. « Remember, on avait décidé de
diviser le groupe pour gagner la côte... Galata et
Burroughs sont partis... », Charlie Burroughs fait
son retour en arrière... Il avait alors 21 ans. Il
avait peur. « Après votre départ, Cosmik Galata et
moi attendîmes un peu. Pendant plusieurs secondes,
nous sommes restés dans la ferme. La vérité vraie,
c'est que j'avais peur de filer. Galata m'a dit de
me calmer et que nous pourrions partir un peu plus
tard. Tout à coup, dans un épouvantable vacarme de
vitres cassées, un ordre a retenti en allemand. Un
ennemi me visait à travers la vitre. J'étais comme
hypnotisé par le trou de son Schmeisser ; un lapin
face à un cobra. Cosmik Galata était collé au mur,
hors la vue de l'Allemand. Il est passé vivement à
l'action en saisissant le canon du fusil, il a, en
même temps, balancé une droite fulgurante dans les
dents du Boche qui s'est écroulé dehors absolument
naze. Nous sommes sortis et Cosmik Galata a bourré
ses poches avec les munitions du soldat sonné, lui
a extrait ses grenades et me les a collées dans ma
ceinture. Je voulais m'en aller. Je lui ai demandé
s'il pensait rester avec moi. Il était d'accord et
veillerait à ce que je m'en sorte au mieux. » (Ici
note pour le lecteur
: Cosmik Galata est confiant.
C'est un homme tout différent du jeune garçon dont
les nerfs avaient flanché en mai 1918 sous l'effet
d'un tir de barrage.
Fin de la note d'explication)
à suivre...

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16.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (2)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (2)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.

II

UNE GENERATION PLUS TARD (EN MAI 1940).

La même ferme est toujours au même endroit. Encore
une fois, les Allemands envahissent le Nord. Trois
combattants britanniques se serrent dans la cabine
d'un camion militaire qui avance sous la pluie. Le
trio, séparé de sa compagnie, tente d'atteindre le
littoral. William Brown, le chauffeur, ne fait pas
attention aux remarques de son camarade Burroughs.
« Slowly, Bill ! Sans quoi nous irons au fossé. »,
et Brown répond : « Cesse de râler, Burroughs ! Ce
tas de ferraille nous amènera bien à Dunkerque ! »
Entre William et Charlie, le troisième soldat, the
third soldier
Albert Lennon reste muet dessous son
casque. A qui pense-t-il ? William est confiant...

Mais quel malheur, la roue avant-gauche roule dans
un cratère d'obus. « Ah ! je l'avais bien dit ! »,
glapit Charlie. « Nous ne sommes pas morts. », lui
répond William Brown. Malheureusement, le véhicule
est naze. Il s'est affalé sur le côté dans le trou
d'obus à moitié plein d'eau. Quelle déveine ! Leur
espoir d'échapper aux tenailles ennemies s'amincit
rapidement. Pauvre Charlie Burroughs, il déprime à
fond la caisse : « Maintenant, c'est fichu, on n'a
plus une chance ! » « Ce qui doit arriver, arrive,
mon pauvre Charlie ! » répond Brown. Albert Lennon
remonte du cratère après avoir sorti du camion les
flingues de ses potes. Albert, l'artiste, il croit
au destin. Si la balle porte ton nom, rien à faire
pour l'éviter. Le bruit d'un moteur enfle dans les
oreilles des soldats. « Attention ! un Stuka... Ne
restons plus ici ! » Les trois soldats se couchent
dans l'herbe humide. Le Stuka leur lâche une bombe
qui siffle en descendant. William Brown jure. « Un
fusil, c'est zéro. Si j'avais une mitrailleuse ! »

La pluie augmente. Le Stuka s'éloigne dans le ciel
gris. Les hommes se lèvent pour trouver un refuge.
C'est une lugubre journée de mai 1940. Derrière le
rideau d'humidité, là-bas, au loin, ils discernent
la ferme. « Regardez... On pourra s'y installer au
sec ! » Burroughs marche avec difficulté. Ses deux
camarades doivent l'épauler... Toujours fataliste,
Albert déclare : « Pourquoi s'affoler d'ailleurs ?
Ce sera encore pareil dans vingt ans ! » Il reçoit
une vive réponse de Brown : « Ne radote donc pas !
Si je suis encore le même, disons, dans vingt ans,
Lennon, je vous paierai une pinte ! » Une ambiance
humide et fraîche règne dans la ferme. Une lampe à
pétrole au verre fendu pend au-dessus d'une grande
table encombrée d'assiettes sales. Les planches du
plafond sont noires de fumée. Burroughs est affalé
dans un fauteuil d'osier. Albert dit : « C'est une
vraie tombe ici, allumons un feu ! » « Oh non, car
la fumée nous fera repérer ! » Burroughs enlève le
casque de sa tête et il demande à Brown : « Crois-
tu vraiment que nous serons toujours là dans vingt
ans ? » Le pauvre Charlie a besoin d'être remonté.

« Sûr ! On va miser ! Faisons un pari ! On se fixe
un rendez-vous pour dans vingt ans ! On sera le 20
mai 1960 ! », déclare William. Même Albert Lennon,
accoudé au rebord de la cheminée a remarqué l'état
dépressif de Burroughs et il essaie de le remettre
d'attaque. « C'est une idée fantastique, William !
Voyons ! Où pourrait-on se rencontrer ? » Soudain,
de but en blanc, la porte s'ouvre... Un personnage
étrange s'encadre dans l'entrée et dit : « Au Four
Bars Inn, à Cardiff, voilà l'endroit idéal pour un
tel rendez-vous... » William Brown pointe son arme
vers l'intrus. Il hurle : « Qui va là ? Avancez ou
je tire ! » L'inconnu ouvre grand la porte, avance
dans la pièce. C'est un Britannique... Il est sans
doute en fuite comme eux... Les trois soldats sont
en cercle, le menaçant : « Qui es-tu ? D'où viens-
tu ? Où vas-tu ? » L'homme a le bout du flingue de
William planté dans le nombril. Imperturbable dans
son veston de tweed gris, il ne se démonte pas. On
dirait qu'il sort d'un rêve. « Mon nom est Galata,
Cosmik Galata. Je vous ai entendu. Vous avez parlé
d'un rendez-vous dans vingt ans... J'aimerais être
là aussi ! Que diriez-vous du Four Bars Inn ? » Un
sourire erre sur la lèvre du mystérieux personnage
qui s'est exprimé d'une voix douce. Les trois amis
restent muets. Ils baissent leurs armes lentement.
à suivre...

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12.3.09

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (1)

La mort en duplicata pour Cosmik Galata (1)
Feuilleton romanesque en vers justifiés.

PROLOGUE (1918)

Pour certains jeunes, la guerre, c'est d'abord une
aventure ! Au printemps de 1918, Cosmik Galata âgé
de 18 ans franchit le Channel pour parvenir sur le
champ de bataille de France. La première tâche lui
est confiée ; l'officier lui remet un papier kraft
plié en quatre : « Ils arrivent ! Porte ce message
au Quartier Général, Cosmik, et dépêche-toi ! Nous
avons besoin de secours ! » Les pertes sont sèches
et lourdes en ces jours et nuits d'échauffourées !

Ypres... Mons... La Somme... Douloureux baptême du
feu pour un célibataire de 18 ans... Il avance dos
recourbé dans la tranchée. Devant lui, un conscrit
poilu s'écroule touché au ventre en hurlant. Alors
Cosmik Galata crie : « Brancardiers ! » Il n'a pas
eu beaucoup de pratique avant de se retrouver dans
la fange des tranchées. Il demeure bouche bée face
à un blessé qui perd du sang par un gros trou dans
son crâne. Un combattant l'interpelle : « Ne reste
pas là, jeune balourd ! Pars vite ! L'officier l'a
dit ! » Le tir de barrage d'artillerie a choqué le
garçon. Le soldat lui demande s'il a la trouille :
« Eh, qu'as-tu, Fiston ? La trouille ? » Cosmik ne
peut se dominer... Il tremble comme une feuille de
vigne dans le vent. Il se souvient de son désir de
devenir guerrier. La tranchée qui amène au Q.G. du
bataillon se bouche... Les obus éclatent. Cosmik a
peur. Il sait qu'il ne traversera plus le barrage.

Autour de lui, la terre et la pierre se soulèvent.

Une fumée noirâtre masque le firmament. Le vacarme
est dantesque. Cosmik Galata perd son sang-froid à
cause d'un trou dans son moral, quitte la tranchée
et commence à cavaler comme un malade à travers le
champ de bataille... « Non ! Moi, pas mourir ! Moi
pas mourir ! I don't want to die ! » Ces mots lui
tournent en boucles dans la tête alors qu'il court
en zigzags entre les trous d'obus dans la pétarade
qui illumine le ciel. Dans ce moderne enfer, voilà
une ferme qui lui semble être un refuge ferme. Une
grande partie de la toiture est pourtant écroulée.

Des traînées noirâtres se convulsent sur les murs.

Les volets pendent misérablement... Cosmik enjambe
un muret de pierres et titube vers la ferme. Ouf !
à suivre...
Une version différente de ce feuilleton a paru dans la revue Le Jardin Ouvrier de septembre 1999 à juillet 2001.

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2.3.09

Un autre dessin idiot

Celui-ci figure dans le numéro 2 du Coltin grafik (clap sur le cinéma)
Revue auto-diffusée/auto-distribuée.
Numéro 2 sur le thème du cinéma,
Format 14,8 x 21 cm, 48 pages intérieures dont 8 pages couleurs.
Première et quatrième de couverture en couleurs.
Siranouche/éditions Le Coltin grafik
Tirage : 1000 exemplaires offset.
Prix : 10 €

Quelques autres encore sur le site de Lifeproof.

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25.2.09

Dessins idiots

Un parmi la soixantaine de mes "Dessins idiots" qui seront exposés à Marseille dans la librairie Le Lièvre de Mars du 5 mars au 4 avril.

Quelques bonnes, très bonnes et même excellentes raisons de venir voir l'exposition de dessins idiots de Lucien Suel à la librairie Le Lièvre de Mars.

Parce que selon diverses méthodes d'enseignement par correspondance, Lucien Suel ne sait pas dessiner… et qu'il dessine !
Parce qu'il vous faudra trouver d'autres excuses pour ne pas dessiner.
Parce que les dessins idiots révèlent les maux.
Parce qu'il n'y a pas que l'art conceptuel pour faire marcher votre cerveau.
Parce que si Ray Ventura et ses collégiens chantaient « C'est idiot mais c'est marrant », les dessins de Lucien Suel sont idiots et marrants.
Parce que l'idiotie est l'incarnation de l'humanité et que Lucien Suel est un humaniste.
Parce que sur les traces d'un petit gars des Ardennes qui aimait les peintures idiotes vous allez aimer ces dessins idiots.
Parce que le marché de l'art ne résistera peut-être pas aux tarifs pratiqués.
Parce qu'il ne faudrait pas que le succès rencontré par son livre Mort d'un jardinier, en le révélant à un plus large public, cache la multiplicité de ses pratiques.
Parce que c'est la première exposition de dessins de Lucien Suel à Marseille.
Parce qu'un petit dessin vaut mieux qu'un long discours.

Nicolas Tardy

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20.2.09

Un poème de Jean-René Lefebvre

Avant que l'hiver se termine, un poème de mon ami Jean-René.


















La neige muette
poussière de nuage
la nature respire inaudible
un oiseau noir saute
nulle branche ne l'arrête
nul confort ne le retient
un cri quelque part se libère
que personne n'entend
c'était une prière
et qui l'a su heureuse
à cet instant
posée sur la chartreuse
comme un drap blanc

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15.2.09

Un autre poème de Philippe Castellin

BAISSE UN PEU L'ABAT-JOUR…
par Philippe Castellin

Récapitulons.
la clarté consiste à éclairer toutes les choses de manière égale.
Comment le nier.
Quand on éclaire une chose d’un côté on accroît l’obscurité de l’autre.
Les choses ne sont pas plates. Pas toutes.
Pour pouvoir placer une ampoule au plafond bien au centre il faut un plafond.
Assurément.
Il n’est pas facile de déterminer le centre exact d’un plafond.
La plupart des plafonds sont affectés d’irrégularités.
Si les choses ne sont pas à égale distance du centre du plafond les choses ne sont pas éclairées également.
Certes.
Dans certains cas il n’y a pas de plafond.
S’il n’y a pas de plafond il n’y a pas de sens à évoquer le centre du plafond.
Comment le nier ?
Si l’on met plusieurs sources lumineuses à égale distance des choses et symétriques les unes par rapport aux autres la surface des choses sera éclairée également.
On peut l’envisager.
Un taux résiduel d’obscurité demeure concentré sous les choses ou contracté dans les choses.
Si on ouvre les choses et qu’on les place en apesanteur elles deviennent plus claires.
On peut l’imaginer.
Eclairées par de multiples sources lumineuses situées à égales distance les unes des autres
des choses en apesanteur sans plis absolument plates et sans épaisseur seraient des choses claires.
On peut le croire.
Des choses en apesanteur sans plis absolument plates et sans épaisseur ne se distinguent plus les unes des autres.
Une chose en apesanteur sans plis absolument plate et sans épaisseur n’est pas une chose.
On ne peut pas dire un sans dire deux.
On doit le reconnaître.
Une chose en apesanteur sans plis absolument plate et sans épaisseur n’est pas une chose.
C’est à craindre.
Une chose non une et non chose sans poids ni volume ni épaisseur éclairée par de multiples sources lumineuses est la lumière elle-même.
La lumière elle-même ne se voit pas.
Les choses sont obscures.
A l’évidence.

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9.2.09

Journal du Blosne (8)

Journal éclaté de résidence au Blosne

Laverie résidentielle de Serbie. TIT/
anium. Le menu il est petit. Triangle
encore, amphithéâtre rendez-vous, les
ventilateurs, le verre, l'inox, Lille
Rennes, l'Égypte, une pyramide devant
les tours pour un dactylogramme, (cf.
Augustin Lesage), place de Zagreb, on
sort sur le marché, les sacs de sable
sont les voyageurs, période d'essai à
vide, le métro roule, Peter Brady est
sur le quai, un train fantôme, fleurs
électriques. Les pirates du métro. Il
n'y a plus de boucaniers, mais il y a
encore du boucan dans les entrées, la
cage d'escalier. Au FG4, on attend le
concours de gâteau aux pommes. Aussi,
la baratineuse fait son beurre. Comme
aux Grisons, le poète ordinaire reste
assigné à résidence d'auteur. On coud
toujours mais ici on n'allonge pas le
patron sur la table pour le découper,
on ne garde que son pantalon. Poésie,
couture. Ce n'est pas pour les chiens
de garde. Les ormeaux, Emmaüs rue des
ormeaux, le vendredi, le samedi et le
dimanche, mon musée gratuit. Les 3 du
Banat, debout sous le ciel, comme des
Parques. L'Instant T n°8 archivé pour
les vieux jours. St Benoît, cimetière
de l'est, cimetière du nord. Je pense
à Olivier B. au-dessus du balcon dans
une rue de Bruay. C'est l'heure de la
récréation au groupe scolaire Volga &
je sors de l'hôpital sud, là en face.

Les feuilles tombent. Je me souviens,
ici aussi, je veux dire dans ce pays,
dans les années cinquante, les femmes
étaient obligées de porter un foulard
sur la tête, à l'église. Tof, rocker,
qui programmait au Kaméléon, à Lille,
un copain de Jean-Jacques. HLM police
proximité trafic BMW HLM BMW HLM BMW.

En passant derrière la boulangerie, à
Ste Élisabeth, j'aperçois le pétrin &
l'image de Josiane sortant le pain de
la gazinière avec les gants ignifugés
se forme dans mon cerveau. Une vapeur
blanche sort du sol. Talus couvert de
millepertuis, à l'entrée d'un passage
souterrain en tôle ondulée. Tilleuls,
petits pavés, square de Poméranie. Le
soir dans un bar en ville -au Blosne,
pas de bar- le bon sourire de Charles
Pennequin
me donnant des nouvelles de
C. Tarkos. Poème à Guillevic-l'école,
les fleurs sont inoffensives. Stop et
j'observe deux garçons qui jouent aux
billes dans l'escalier (!) du garage.
Ils jouent à tiquer. Les glies patois
d'ici pour les éteules patois de moi.

Hello, Loïc Tortoral ! Le tunnel sous
le Blosne, les baguettes thaïs. Poème
express
au café confort. Les chênes &
les glands du Péloponnèse. Les allées
luisant sous la lumière des tours, la
pluie, les phares, les reflets. Avant
de partir, je monte, je monte encore,
ascenseur, échelle en alu, je suis au
sommet d'une tour, je marche dans les
graviers, au milieu des tuyaux et des
cheminées. Tout autour de moi sur 360
degrés, le monde tourne, tourne vite.

Le monde tourne mal. Je descends ici.

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6.2.09

Journal du Blosne (7)

Journal éclaté de résidence au Blosne

Le vieux pont n'existe plus, il reste
deux poutres, des pierres éboulées au
fond du ruisseau. Le clapotis, bruits
de l'eau, bruit de la rocade dans les
hameaux du sud, parc de Bréquigny, le
Cormier, la maison des parlementaires
et les chênes. Ma main dans le Blosne
comme celle de Bernadette Soubirous !

Fatima & Roger, avenue de Grèce, amis
du monde, amis du sud. J'ai perdu mon
poème trouvé. Ne pas mettre de paquet
dans cette BAL à cause du vol de vols
répétés de vols répétés merci facteur
des vols répétés. Moi, j'ai perdu mon
téléphone portable entre le parking &
le bâtiment, place de Serbie, si vous
avez pu le trouver, appelez-moi au 00
00 00 00 00. Sur le parking, Mustapha
a garé sa bagnole, je lis Galataseray
sur la plaque d'immatriculation, vois
la Corne d'Or, la tour de Galata & le
Pont Hatatürk. Je respire l'odeur des
poissons grillés dans les barques. Je
retrouve mes mots turcs ekmek çaï iki
buçuk lira catch para techekur ederim
chok güzel très joli. Ce nom, je l'ai
donné à mon chien, Güzel ! Ouah ! Les
instantanés du Blosne, trente en tout
et mon journal éclaté, ça se termine.

Un jour, on écrira une fiction sur le
Blosne, une chronique peut-être... Je
note ce graffiti dans une allée entre
deux immeubles : Laiche moi la chatte
belle allitération & l'originalité de
l'orthographe m'évoque le bol de lait
de la petite chatte. Qu'en penses-tu,
Fred ? Une parabole peinte et décorée
pour améliorer la qualité des images,
sinon leur intelligence. E.T. a rangé
son vélo, appuyé contre la balustrade
du balcon, tout là-haut : le meilleur
grimpeur du tour (de la tour). Étapes
à venir : les Cévennes, le Lubéron, &
l'escalade des façades. Super. Géant.
Sympa. Merci, Ivan pour les graffitis
express. Les tours comme des fantômes
gris dans la brume matinale d'octobre
et les couettes penchées aux balcons.

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3.2.09

Journal du Blosne (6)

Journal éclaté de résidence au Blosne
L'époque des bottes et des pionniers,
c'est fini. Place aux Associations de
parents d'élèves. Vive donc le marché
sauvage des Blosniens ! Rappe la nuit
du Blosne, Yo ! Un fantôme des formes
du Blosne, on l'appellera le veilleur
des halls. Pourquoi faudrait-il qu'on
donne des réponses aux questions ? La
dame derrière sa fenêtre, qui regarde
pousser son peuplier depuis 25 ans et
crac ! Un événement de violence inouï
a entaché cette belle journée. Le feu
de bois a brûlé un jour avant la date
prévue. Combustion spontanée. Nouveau
mot, nouveau module, l'espachien ! Un
espace social commun aux toutous, Yo,
woof, ouah ! La fête des cultures fut
entachée : trouvez une contrepèterie.

Il faut mettre tremper la morue salée
du poissonnier portugais. Une autre ?
Le chien n'aboie pas & la caravane ne
passe pas. On voit le Mt St Michel de
chez moi. Alphabétisation & formation
linguistique de base : les Zupiens et
les Blosniens. Les sept voiles. On le
dit : des charrues ont été ensevelies
dans le béton des fondations. Adieu à
tous ! J'ai quitté mon pays. J'arrive
ici. Ici, c'est le Blosne, Yo la zone
piétonne, Yo ça m'étonne Yo. Je troue
le papier. Je vois d'autres exemples.

J'en trouve dans les poèmes d'enfants
des écoles. L'exode rural et les gens
venus ici, les populations immigrées,
tout ça, c'est la même chose. Le luxe
peut être de l'eau chaude au robinet,
l'orchestre de Bretagne dans la salle
de bains. Rozenn écrit sa tristesse ;
les mots qui viennent, on devrait les
garder sur le papier pour ne plus les
oublier. C'est comme les quartiers de
poèmes écrits en 1999 par les élèves,
le CM2 de l'école Guillevic. J'ai vu.

Au fronton, Guillevic, breton poète !
c'est quoi, breton poète ? C'est pour
ne pas dire poète breton ? Moi, c'est
poète ordinaire ni breton ni français
tout juste humain. Nolan dit que ciel
rime avec poubelle & que pelouse rime
avec bouse. Le député rennais Waldeck
Rousseau fut le papa de la loi sur le
droit de s'associer. Pourtant l'autre
député rennais, Isaac Le Chapelier se
faisait remarquer, interdisant toutes
les associations professionnelles, la
peur de voir resurgir quelle horreur,
les corporations. Le composteur n'est
pas un professionnel. C'est un machin
à l'entrée du métro, une machine. Une
architecte (c'est Isabelle G.) est un
être humain. Ici, comme à Lille, près
de chez moi, le métro sans conducteur
Yo, c'est trop ! Y a-t-il un pilote à
l'intérieur de la rame ? Y a-t-il une
rame dans le vaisseau ? L'histoire du
tunnelier : à un certain moment, on a
retouché sa dentition de diamants (on
emmène la taupe chez le dentiste). Il
n'est pas récompensé : son travail se
termine, on le découpe en morceaux au
chalumeau & à la tronçonneuse pour le
retirer de dessous la terre. Stations
Italie Triangle Blosne Poterie départ
de la ligne jusqu'à Villejean ; salut
Stéphane ! Faire entrer la lumière du
jour dans le canal souterrain. Partez
à la découverte des espaces verts, un
autre nom possible : espagosses, dans
le coeur de notre quartier. Oui aussi
un conservatoire génétique animal des
quatorze races menacées dans l'ouest,
de la vache nantaise au pig de Bayeux
en passant par la chèvre des fossés &
la poule Coucou de Rennes. CRAPAHUTER
c'est tout un circuit, le CRAPA (voir
les acrostiches fameux du Blosne). Le
mail arboré à travers les mailles des
îlots paysagers dans le fleuve hideux
des automobiles. Arbres du Blosne, un
poème-liste : chêne pédonculé ailante
mélèze du japon peupliers blancs houx
carex séquoia géant sapins de Nordman
buddleias fusains cyprès de l'Arizona
dans le jardin d'Andorre micocouliers
charmes mûrier à feuilles de platanes
paulownia imperialis érables argentés
pin de corse pins sylvestres tilleuls
panachés peupliers noirs cotonéasters
chênes des marais lauriers pins noirs
d'Autriche arbres à papillons rosiers
chênes rouges hêtres aulnes pétasites
bouleaux sureaux noisetiers & troènes
comme à la maison de La Tiremande. Un
arc-en-ciel sur le Blosne, gros nuage
blanc dans le gris, un arc-en-ciel en
double, je pense à Tony Hillerman, au
ciel de l'Arizona... 150 ans l'âge de
la ferme du Binquenais, au fond d'une
impasse vers la rocade. L'hôpital sud
a été construit sur le marécage, plus
de grenouilles, plus de moustiques et
je revois le visage de Lars von Trier
présentant les Fantômes de l'hôpital.

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